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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 12:52

Notre conception de l’organisation du milieu urbain est obsolète au regard des enjeux écologiques, sociaux et démocratiques actuels. Il est urgent d’en changer les fondamentaux et de redonner une vraie place à la nature dans l’espace public.

Beaucoup de nos dirigeant·e·s cherchent encore à créer des métropoles puissantes et dominatrices, regorgeant de ressources financières, économiques, culturelles et politiques. Avec une obsession : ériger la compétition en priorité, en créant des maxi-villes qui se battent entre elles à travers la planète, à coup de classements nationaux et internationaux, dans l’espoir de gagner la course à l’attractivité. Tours immenses, aéroports, stades, centres commerciaux et quartiers d’affaires géants, rocades autoroutières… aucun projet n’est trop grand pour imprimer sa marque. Etre maire ou présider une métropole, ce serait obligatoirement être bâtisseur. Comme si l’histoire se confondait avec les empreintes de béton ; comme si «laisser sa trace» signifiait mettre au pas la nature et le paysage - et aduler le gigantisme.

Cette conception, pourtant, est obsolète. Nos grandes villes surbétonnées connaissent une crise sans précédent. Les dérèglements climatiques les transforment en fours l’été, insupportables de chaleur. Trop chères, elles sont la proie des grands promoteurs et de la spéculation immobilière qui les rendent petit à petit inaccessibles à l’écrasante majorité de la population. Hyperdenses et saturées, elles se heurtent à la pollution, au bruit, aux transports bondés, parfois à l’inhumanité des rues et à la promiscuité permanente. Sans oublier que les centres commerciaux qui les entourent ou les grandes chaînes internationales et autres Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) dont elles sont devenues les royaumes les empêchent de préserver un commerce de proximité vivant et diversifié.

Ainsi aller toujours «plus vite, plus haut, plus fort», à l’instar du mantra olympique, ne saurait être la devise de nos villes face aux grands enjeux écologiques, sociaux et démocratiques auxquels nous devons répondre de toute urgence. Notre priorité absolue doit être la réduction de notre empreinte écologique. Nous devons tout faire pour (re)mettre de la nature en ville, seul moyen pour nos métropoles de rester vivables avec des pics de chaleur bientôt à plus de 50° C. Nous devons écouter l’immense majorité des Français·e·s, qui aspirent à apaiser leurs cadres de vie, à mieux respirer, à créer plus de lien social et tout simplement à redécouvrir ce qu’habiter un lieu veut dire. Nous ne voulons plus de villes qui grandissent, mais des villes qui épanouissent ; plus de villes qui se concurrencent mais des villes qui travaillent ensemble et avec celles et ceux qui y vivent. Nous ne voulons plus de villes condamnées à observer, gérer, voire aggraver les conséquences des défis que nous avons à relever. Nous voulons des villes qui y apportent enfin réellement les solutions.

Plus qu’à tout autre niveau de l’action publique, des choses sont faites en ce sens. Végétalisation de l’espace, réduction de la place de la voiture ou lutte contre la spéculation locative sont des expressions que l’on retrouve désormais dans de nombreux programmes et même dans quelques bilans municipaux. Mais pour gagner ces batailles il faut aller au bout de la démarche. Et en la matière, la force des écologistes c’est, précisément, leur cohérence. La métamorphose de nos villes appelle à des changements culturels et à des investissements dont l’ampleur exige de renoncer aussi bien aux demi-mesures qu’aux rêves de grandeur édilitaire, pour les concentrer sur des priorités bien définies.

Cela passera nécessairement par la transformation massive de l’espace public, pour le rendre infiniment moins bitumé. L’histoire future retiendra moins les maires qui auront bâti que celles et ceux qui auront réussi à redonner une vraie place à la nature dans l’écosystème urbain. Cela renvoie à la rupture avec le «tout-voiture individuelle» et à l’investissement dans la voirie et les grandes infrastructures au service des transports collectifs, des liaisons piétonnes et des mobilités actives, afin que chacun·e puisse en toute sécurité marcher ou faire du vélo pour aller au travail, à l’école, ou tout simplement se promener.

Notre horizon est de redonner corps au «droit à la ville» et de garantir les droits fondamentaux de toutes celles et de tous ceux qui peuplent nos métropoles : droits au logement, à la santé, à la sérénité, à l’éducation et à la culture… Cela doit passer notamment par un encadrement strict du marché immobilier pour faire baisser le prix des loyers mais aussi par une amélioration des logements, en investissant massivement contre la précarité énergétique. Nos métropoles concentrent les richesses. Il s’agit d’en organiser la redistribution vers les plus vulnérables : personnes sans domicile, personnes aux revenus modestes, migrant·e·s, travailleurs ubérisés… Des centaines de milliers d’habitants sont concernés. Le traitement que nous leur infligeons aujourd’hui déshonore nos cités.

Invasion publicitaire dans les rues ou les couloirs des métros, organisation de grandes opérations de «sponsoring» dont les Jeux olympiques sont l’expression la plus caricaturale, transformation de logements ou des mobilités en source de revenus pour des acteurs au civisme et à la responsabilité minimaliste… Les connivences entre ces grands groupes et les grandes villes sont encore beaucoup trop nombreuses. De Total à Airbnb en passant par Ikea, Uber, Amazon ou Heineken, sortons définitivement nos villes de ce modèle ultra-consommateur, insoutenable à court terme.

Les banlieues comme les campagnes ressentent une même forme de subordination aux grandes aires urbaines et à leurs centres-villes - voire d’abandon et de mépris. C’est pourtant par la coopération de l’ensemble des différents territoires, et le soutien réciproque dont ils pourront témoigner, que l’on pourra en assurer le bon fonctionnement et l’épanouissement. Comment pourrions-nous généraliser le bio et les circuits courts sans soutenir les paysans qui nous nourrissent ?

Certaines de ces orientations ont déjà été mises en œuvre et méritent d’être généralisées. D’autres n’en sont au mieux qu’à l’état de balbutiements et ne pourront prospérer qu’à la condition d’être massivement soutenues. Une telle révolution ne pourra être mise en œuvre qu’avec le soutien du plus grand monde. Et soyons clairs, elle constitue une perspective vitale mais aussi enthousiasmante pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent «faire autrement la ville» !

David Belliard Candidat Europe Ecologie-les Verts (EE-LV) à la mairie de Paris

Tribune Libération 25 août 2019

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 22:17

L’État a décidé de réduire de 30% la Dotation Globale de Fonctionnement, dotation accordée aux communes et intercommunalités pour assurer leurs missions. Cette baisse massive concerne chaque commune et intercommunalité. Sur la période 2015/2017, les collectivités locales verront donc leurs dotations baisser de 11 milliards.

Si la participation des collectivités à l’effort national de redressement budgétaire est légitime, il serait inacceptable que ce soit au prix d’une dégradation des services publics de proximité essentiels tels que les écoles, les crèches, les cantines, la culture, les bibliothèques etc. Car dans une période d’accroissement de la fracture sociale, de menace démocratique et d’enjeux environnementaux sans précédents, il faut au contraire renforcer les actions de solidarité et de développement (action sociale, pratiques culturelles et sportives, vie associative), mais aussi la gestion urbaine (propreté, entretien des espaces verts et des bâtiments communaux, ou encore la collecte des déchets). Il est aussi inconcevable de faire porter l'essentiel du poids du désengagement de l’Etat aux usagers ou aux contribuables locaux pour maintenir des services publics de qualité.

Pour les écologistes, dans un moment où les politiques publiques locales ont besoin de se renforcer pour assurer les solidarités, dans un moment où la COP21 démontre le rôle prépondérant des collectivités territoriales dans l’action environnementale, il nous faut pouvoir maintenir leur rôle dans le soutien à de nombreuses initiatives citoyennes qui appuient les collectivités dans leur mission. Cela doit être aussi l’occasion de repenser l’affectation des dépenses publiques et la notion d’investissement dans les communes et intercommunalités où des parts trop importantes de leurs budgets sont affectées à des projets d’aménagement qui ne sont ni sources de lien social, ni de services publics, et qui impactent négativement pour l’environnement et la biodiversité locale.

La Fédération des Elus Verts et Ecologistes appelle l’ensemble des élu-es à dialoguer avec les citoyennes et les citoyens de notre pays afin que cette réorientation budgétaire soit limitée et mieux conditionnée aux orientations territoriales en faveur d’un projet de transition écologique.

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