Compte-tenu du temps qui m'était imparti, je n'ai pu développer lors du conseil municipal la totalité de l'intervention que j'avais prévu de dire. La voici donc in extenso.
Les orientations du budget 2018 sont débattues dans un contexte international où le climat et l’environnement prennent de plus en plus de place du fait de la prise de conscience généralisée sur ce sujet mais aussi parce que les indicateurs sont de plus en plus inquiétants. Cette dimension est hélas totalement absente de votre présentation, et ce n’est pas un hasard comme j’en ai fait la remarque dans le débat sur le rapport de développement durable
Par ailleurs, il reste une inquiétude quant à la situation financière mondiale, et les mouvements boursiers de ces derniers jours en sont un signal inquiétant, même si depuis la crise de 2008 des mécanismes de régulations ont été mis en place et ce malgré la résistance des circuits parallèles voire mafieux de plus en plus sophistiqués liés aux paradis fiscaux. Heureusement des lanceurs d’alerte relayés par une partie de la presse et des opinions publiques arrivent à braquer les projecteurs sur cette situation.
Il faut évidemment évoquer la remontée des prix du pétrole – d’habitude vous en parlez pour évoquer l’augmentation du cout des fluides – qui nous oblige à plus de vigilance quant au recours aux gaz de schistes, mais aussi qui met en lumière le décrochage de la France par rapport à la production d’énergies nouvelles sur son sol.
L’analyse des orientations budgétaires de l’Etat montre également une volonté de recentralisation qui n’est pas dite explicitement. En témoigne la méthode de contractualisation avec les 319 collectivités principales qui, d’une part est une atteinte à leur autonomie et d’autre part, ne tient pas compte des efforts en matière de dépenses déjà réalisées par certaines d’entre elles. Colombes fait partie de ces communes ayant fourni un effort important au prix hélas, d’une vraie casse sociale. A l’heure où une offensive est à nouveau menée contre les fonctionnaires, notre personnel sort exsangue de vos 4 années de mandature alors que son exemplarité – au personnel - n’est plus à démontrer. Elle montre aussi que les premières mesures (suppression des emplois aidés, baisse des APL), sont prises en défaveurs des français et des ménages qui en ont le plus besoin. Elles indiquent aussi que ces mesures ne sont que faiblement incitatives en ce qui concerne l’efficacité énergétique et écologique.
Le contexte général conduit à nous interroger d’avantage sur la ville que nous souhaitons :
si l’attractivité résidentielle de notre territoire est un fait, et nous n’en avons jamais douté, vous avez baissé les bras concernant le développement économique et la création nette d’emplois. Les chiffres sur l’emploi l’attestent qui montrent que les politiques de densification tous azimuts que vous développez, y compris en émiettant la zone pavillonnaire, profite économiquement aux communes voisines.
Il s’agit de garder notre ville accessible à tous, qu’elle reste abordable pour chacun et que les Colombiens ne soient pas obligés de quitter notre commune pour se loger. Vous avez d’ores et déjà programmé ou confirmé 4 500 logements depuis le début de votre mandat, qui feront passer la population de la ville de 85 000 habitants à 100 000 habitants en 15 ans. On ne sait pas combien de logements sociaux sont prévus, mais on a compris que ce n’était pas votre tasse de thé au nom d’une mobilité résidentielle toute relative.
Les déplacements, tous types confondus, doivent tenir compte des enjeux climatiques partagés désormais par tous à l’exception de Donald Trump et de vous-même, en priorisant la préservation de la qualité de l’air et la santé de tous et donc en limitant l’usage de la voiture, en réalisant des aménagements cyclables sur lesquels les voitures ne stationnent pas, et libérer les trottoirs de toutes ces voitures qui insécurisent les piétons.
Conseil municipal du 8 février 2018 Délibération n°2 Débat d’orientations budgétaire
Cette ville nous la voulons solidaire, et non vidéo-surveillée. Et que cette solidarité s’étende également un peu plus aux 50 jeunes migrants (1migrant pour 1700 habitants) qui logent dans des conditions difficiles au Petit Colombes heureusement aidés par un collectif d’associations. Car si l’État est défaillant sur cette question, il nous faut prendre nos responsabilités et notre juste part. Il nous semble que ce n’est pas trop demander à la collectivité.
Nous souhaitons un soutien affirmé à une agriculture biologique et paysanne utile à la restauration collective pour aller vers un 100% bio, un accompagnement des jardins partagés façonneurs de liens sociaux alors qu’il n’en reste désormais plus à Colombes, chassés par vous.
Concernant vos orientations :
2018 va connaître, selon vos documents, une baisse des dotations de l’État de 431 000 euros quand elle était estimée l’an dernier au budget primitif à 1,5M€. Donc des prélèvements moindres de l’ordre du million, ce qui vous donne quelques marges de manœuvre.
La suppression progressive de la taxe d’habitation au dessous d’un certain niveau de revenus n’est pas une bonne nouvelle car la compensation promise rendra difficile toute évolution dans ce domaine. Aussi nous attendons une véritable réforme de la fiscalité locale qui apporte plus d’équité dans ce domaine.
Etant donnée l’urgence des mesures pour lutter contre le dérèglement climatique, nous regrettons l’absence d’ambition et d’affichage en faveur de l’indispensable transition écologique et énergétique. En ce sens l’absence de plan climat de la ville est un mauvais signal.
Concernant les dépenses de fonctionnement :
Vous nous dites que celles-ci ne progresseront pas de plus de 1,2%, grâce aux économies réalisées en 2017 et celles réalisées en 2018. Rappelons les « économies » que vous prévoyez en 2018 : la fermeture du centre de santé et de la salle de fitness au parc Lagravère, la renégociation du marché d’espaces verts (l’an dernier vous nous indiquiez déjà 120 000€ pour 2017), mais vous restez silencieuse sur les autres marchés concernés ; la généralisation de la privatisation des bâtiments scolaires, la fermeture de la maison de l’emploi à hauteur de 400 000€ en année pleine, etc etc.
Concernant la masse salariale
Tout ceci permet de baisser mécaniquement la masse salariale. Naturellement ces mesures s’accompagnent des nombreuses réductions de personnels depuis 4 ans, rendant difficiles le fonctionnement normal des services, ce qui vous pousse à réduire, puis supprimer d’abord certaines activités avant de supprimer les services concernés, et de privatiser. Je rappelle que vous aviez estimée au BP 2017 la masse salariale à hauteur de 77M€ ce qui signifierait dans vos hypothèses une hausse et non pas une stabilisation des dépenses de personnel, ce qui représente une dépense supplémentaire de environ 1 M€.
Le gel du point d’indice ous économisera à nouveau 800 000€ annulant ainsi l’impact du Glissement Vieillesse Technicité (GVT). Le rétablissement de la journée de carence vous économisera aussi 145 000€.
Vous nous dites que les impôts et les taxes ne sont pas augmentés. Il aura fallu que l’opposition dénonce régulièrement les manipulations que vous avez opérées sur la fiscalité indirecte pour que vous preniez l’engagement non pas de ne pas augmenter les tarifs des prestations, mais de ne plus les augmenter systématiquement (c’est dans le rapport). Outre le fait que vous reconnaissez de la sorte que vous les avez systématiquement augmentés dans les premières années de votre mandature, vous avez quand même voté l’augmentation de nouveaux tarifs (comme le soutien scolaire), et que vous ne vous interdisez pas de le faire pour de nouvelles prestations.
Un mot sur les rythmes scolaires dont vous ne chiffrez pas l’économie réalisée : craignez-vous de confronter vos chiffres à ceux avancés par l’opposition ?
Concernant les dépenses d’investissement,
En 2017 vous aviez inscrit 60M€ au budget primitif. Vous ne dites rien sur ce que vous avez réellement réalisé, et sur ce que vous avez réellement emprunté au regard des engagements votés. C’est pourquoi votre annonce d’un engagement de 50 M€ en moyenne sur les 3 ans à venir nous laisse dubitatif sur la réalité de cet engagement, et sur la notion de moyenne. Nous en reparlerons au prochain conseil.
Pour terminer, nous redisons notre demande récurrente d’agir auprès des banques qui nous financent nos afin qu’elles réorientent leurs stratégies d’investissement en abandonnant l’usage des paradis fiscaux, et pour qu’elles agissent dans un sens favorable au climat et au passage à une économie décarbonée.