Le journal Libération titrait ce matin sur les abus de pouvoir des maires qui profitent de l’été pour prendre des arrêtés aussi démagogiques qu’illégaux contre les jeunes, les prostituées, ou les mendiants. Cela m’a immédiatement fait penser au tout récent arrêté anti-bruit pris par la maire de Colombes.
Certes, il y a des excès, des abus, des incivilités, comme quelques rodéos à scooter ; il y a aussi plus nombreux « les jeux d’enfants comme les jeux de ballons ou de pétanque, la pratique du roller ou de skateboard » visés également dans cet arrêté. Ou bien encore « les tondeuses de jardin le dimanche après-midi, ou les aboiements de chiens ».
Cette liste à la Prévert serait drôle si elle n’était pas prise en plein été, ne consistait qu’en moulinets et gesticulations plus ou moins sécuritaires, navigant entre « mesquineries et racisme » pour reprendre l’expression du quotidien national.
Certains se souviennent à cet égard de l’arrêté pris en 2001 par la déjà maire de Colombes, Nicole Gouéta, mettant en place un couvre-feu dans les quartiers sensibles pour les mineurs non-accompagnés.
Mais pour que cela fonctionne, il faut les moyens de faire respecter ses arrêtés. Et c’est là que le bât blesse. Car faute de ces moyens, et à force de rejeter une police de proximité efficace, nécessaire, acceptée par tous, le risque est de traquer les jeunes habitants selon leur domicile, leur faciès, leur nom, quelle que soit d’ailleurs leur nationalité.
Ainsi, il y a peu, des contrôles insistants ont été conduits aux Côtes d’Auty avec beaucoup de zèle, qui ont contribué à créer un climat de discrimination incompréhensible, ou plutôt trop compréhensible. Je ne veux pas faire preuve d’angélisme, et la sécurité et la tranquillité des Colombiens sont des droits fondamentaux. Mais pourquoi un tel ou tel autre ? Mystère. Et bonjour l’ambiance !
Cela me fait penser aux écrits d’un élu de l’actuelle municipalité il y a quelques jours sur un réseau social qui se plaignait d’un délit de sale gueule- loin de Colombes d'ailleurs - à son égard pendant ses vacances ce qui le révoltait légitimement.
Et là je me suis demandé : pourquoi ce qui le gêne, lui, ailleurs ne gênerait pas les jeunes Colombiens, ici, maintenant?
Pour conclure, si les ados font du skate comme depuis des années à côté de la mairie et gênent N. Gouéta deux étages au-dessus, elle pourra faire appel aux forces de l’ordre : son arrêté le lui permet. Si de braves Colombiens passent leur tondeuse à gazon le dimanche après-midi dans leur jardin, qui interviendra pour faire cesser cette atteinte à la tranquillité ?
Ah ! Démagogie, quand tu nous tiens !