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Thales : vive le Monopoly industriel

 Le départ annoncé de Thalès de Colombes suscite quelques émois et quelques polémiques .Au delà des questions d'emploi et d'aménagement urbain sur lesquelles je reviendrai450px-Thales_Colombes.jpg, je propose ici une lecture politico-industrielle des transformations de Thalès, dont la situation locale est à mon avis une des conséquences.

Thales est arrivé dans la commune en 1987. Depuis son implantation, l'entreprise n'a cessé de s'agrandir, notamment en 2002, avec le transfert du site de Gennevilliers qui employait à l'époque 1 200 salariés. Il faut noter que le sénateur PC Roland Muzeau  avait à l’époque interroger le ministre de la Défense A. Richard au Parlement, inquiet du départ de l’entreprise Thomson-Thalès et de ses 1200 salariés de Gennevilliers. Je me demande si, 8 ans après, le député Roland Muzeau va interroger le ministre H.Morin du départ d’un groupe de 3 500 salariés de Colombes.

Mais revenons à une histoire plus récente :

En 2008, Dassault a rachète 20% de Thales à Alcatel Lucent au nez et à la barbe d’EADS. Dans le grand meccano industriel, l’affaire était autant stratégique qu’obscure, censée  préparer une grande réorganisation de l’industrie de la défense au plan européen..

Alcatel Lucent, équipementier télécom franco-américain, était dans une situation difficile selon les critères du CAC 40: résultats en baisses, parts de marché en berne, situation financière critique. Alcatel Lucent, donc, a un urgent besoin de cash. Philippe Camus, le nouveau président, décide de vendre sa participation de 20% dans le capital de Thales, un vieil investissement jugé plus vraiment stratégique.

Que fait Thales, au juste ? De l’électronique de défense : des systèmes radars, des logiciels pour les cockpits d’avion, des systèmes de guidage de missiles, des drones et même des satellites, avec son partenaire italien Finmeccanica. Bref, du lourd, du très lourd. Et du stratégique, assez en tout cas pour que l’Etat français, actionnaire à 27% et grand client à travers l’armée, surveille avec attention l’avenir de la société.

Le groupe européen EADS ne cache pas son intérêt, avançant des synergies évidentes. Mais aux yeux de Sarkozy, pas question que le précieux fleuron de l’électronique française tombe dans le giron du groupe dirigé par Louis Gallois, Le président a un avis très tranché sur le groupe européen : un  conglomérat franco-allemand fabricant des avions, des hélicoptères et des fusées, au sein duquel les allemands dépouillent le savoir-faire français. A cette époque, l’Elysée choisit un repreneur "acceptable" de ces 20% : Dassault. Le groupe cumule tous les avantages : un industriel, franco-français, sénateur UMP, propriétaire d’un quotidien -le Figaro- pas fondamentalement opposé au pouvoir en place. Last but not least, Dassault ne peut pas trop jouer au fanfaron, l’Etat français étant le seul client de son avion de chasse, le Rafale, qui représente quand même 20% de son chiffre d’affaires, et n’a toujours pas réussi à gagner un marché à l’export. Sarko interdit à EADS de faire une offre sur Thales. Pas difficile : l’Etat français est actionnaire d’EADS, à travers la Sogeade, société codétenue avec le groupe Lagardère. Qu’importe si Louis Gallois, le patron du groupe européen, a dans sa besace une offre financièrement intéressante, de l’ordre de 1,8 milliard d’euros. Qu’importe si le rapprochement de Thales avec EADS, lui aussi présent dans l’électronique de défense, fait sens au plan industriel, au point d’avoir été régulièrement envisagé.

 Après avoir clamé sur tous les tons que Dassault n’est pas intéressé par Thales, et qu’il souhaitait même vendre sa part de 5% détenue par la holding, Charles Edelstenne, PDG de Dassault Aviation –confirme l’intérêt de l’avionneur français pour les 20% de Thales.

 Tout ceci s’apparenterait à une réjouissante gaudriole si le choix de cette solution franco-française ne contredisait pas totalement les discours de Sarko et Fillon à cette époque appelant à une défense européenne et la création de champions continentaux ; si Philippe Camus, le patron d’Alcatel Lucent, n’était pas un ancien coprésident d’EADS, condamnant tout rachat de Thales par EADS à une légitime suspicion ; et si ce choix très politique de Serge Dassault, un industriel de 83 ans pas vraiment intéressé par Thales à l’origine, n’exhalait comme un léger parfum de moisi.

Au final, l'Etat et Dassault Aviation détiennent de concert 53% environ du capital du groupe.

2010 est à coup sûr une année charnière pour le groupe. L’arrivée de Dassault a provoqué un conflit de plusieurs mois au sein de la direction générale, se soldant in fine par l’arrivée de Luc Vigneron. Celui-ci, ancien patron de Nexter, l’ex-Giat Industries, avant tout connu pour son désastreux char Leclerc, a redressé l’ex-Giat, désormais rentable, mais au prix de milliers de suppressions d’emplois financées par l’Etat, et d’un chiffre d’affaires divisé par 4 (560 millions d’euros, contre 12,4 milliards à Thales…). Le tout sans contrat export, ou presque, et avec des échecs retentissants, comme le char Leclerc. Ce dernier s’était alors donné 6 mois pour se faire une idée du Groupe, puis annoncer les changements (stratégie ; équipe dirigeante…).

En juin 2009, L. Vigneron a réclamé une amélioration de 2% de la marge.

En décembre 2009,il a présenté au Conseil d’Administration du Groupe son projet de réorganisation, reposant principalement sur trois dispositions :

une répartition différente des responsabilités des affaires entre les pays et les Divisions.

un nouveau plan d’économie de 1,3 milliard sur 5 ans (appelé PROBASIS).

une nouvelle répartition des entreprises du Groupe au sein de 7 Divisions.

 

Dans le même temps, il remerciait environ la moitié de l’ancienne direction, Par ce projet de réorganisation, élaboré dans une grande discrétion par une petite poignée de personnes, et cette valse de têtes, L.Vigneron a voulu évidemment affirmer son emprise sur le Groupe.

 

Peut-être que la réorganisation et le transfert à Gennevilliers participe-ils à la nouvelle stratégie industrielle des dirigeants du groupe, et de ses actionnaires ?

 

 


 

 

 

 

 

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