Il y a 1 an, la liste Colombes Rassemblée gagnait les élections municipales. Ce moment fort, riche en émotions, semble déjà loin. Et pourtant, c’était hier.
Il faut dire que tout n’avait pas commencé le 16 mars 2008. Voilà des mois que les forces politiques de gauche et écologistes avaient engagés des discussions entre elles et que la plupart s’étaient retrouvées réunies dès le mois de décembre 2007. Sept ans de gouvernement local, avec un projet ségrégatif, sous le pouvoir autocratique de N. Gouéta était devenus insupportables à nombre de Colombiens, et nous avions bien l’intention de mener la bataille démocratique pour notre ville.
Pendant 4 mois, la campagne s’est déroulée, avec méthode, mais aussi dans l’improvisation, dans la bonne humeur, mais aussi dans la tension. Progressivement, nous avons senti que notre présence de terrain, dans tous les quartiers, que notre dynamisme, que nos idées et nos propositions, que nous confrontions entre nous avant de les proposer aux habitants, les intéressaient et surtout répondaient à leurs attentes et à leur ras-le-bol. Et ce n’est pas le soutien du gouvernement (nous avons quand même eu le droit à la visite du premier ministre à Colombes, au parachutage de Rama Yade que nous n’avons pratiquement plus vue pendant une année) qui a changé la donne : plus l’échéance approchait, plus nous étions ébahis et véritablement encouragés et portés par la mobilisation spontanée de nombreux hommes et femmes de Colombes qui venaient nous trouver de plus en plus nombreux pour nous proposer leur aide concrète.
Les résultats du premier tour, lorsqu’ils nous sont parvenus le 9 mars, ont été à la fois heureux et décevants. Heureux, car nous étions devant l’équipe sortante qui bénéficiait pourtant de tous les moyens de communications de la mairie : c’était donc un rejet. Décevants, car seulement. 300 voix d’avance nous séparaient de N. Gouéta. La semaine qui a suivi a vu une mobilisation énorme de beaucoup de Colombiens vivant en particulier dans les quartiers nord qui ne voulaient pas connaître un second mandat de l’équipe Gouéta.
Le 16 mars restera longtemps dans ma mémoire : réunis dans le local du parti socialiste devenu depuis des semaines local de campagne, nous recueillions les résultats des bureaux de vote, nous pressentions que la victoire était possible, mais attendions les résultats complets. A un moment, le téléphone sonne et le maire sortant annonce à Philippe Sarre que sans attendre les résultats définitifs, elle constate qu’elle a d'ores et déjà perdu cette bataille. A cet instant précis, une intense émotion gagne les personnes présentes dans le petit local où nous étions. Quelques étreintes et des yeux humides pour certains, et puis la joie qui éclate. On n’attend plus le reste des résultats et Philippe annonce aux militants entassés dans la salle voisine cette belle victoire qui est aussi la leur. A l’arrivée, le score représentera 53,6 % des suffrages exprimés : clair, net, et … sans bavure.
Puis, nous partons en cortège vers la mairie. De plus en plus de monde dans ce cortège, des centaines de personnes, pour rejoindre une foule énorme devant la mairie. Ces moments de cohue, mais surtout de joie collective sont indescriptibles : nous sommes écrasés, emmenés, heureux, vers l’hôtel de ville qui va redevenir la maison commune de tous les colombiens. Des services d’ordre s’improvisent au milieu de tous ces visages éclairés par les sourires. Philippe Sarre est véritablement porté par la vague et la ferveur populaire. Ces moments sont exceptionnels d’une véritable communion entre les habitants, les militants et l’équipe de campagne.
Nous étions résolus à ce que notre attitude soit digne vis-à-vis de l’équipe perdante, et nous avons eu à cœur qu’il n’y ait pas de mots désobligeants, ni de paroles excessives à son égard, même si la passion du moment a pu laisser s’exprimer ici ou là de l’allégresse et de la joie de voir partir l’ancien maire et ses compagnons.
Les jours suivants ont été très denses : il fallait prendre un certain nombre de décisions, organiser la séance d’installation du conseil municipal, repasser quelques moments en famille (sa patience, sa disponibilité et le fait d’assumer toutes les tâches que je prenais d’habitude en charge : je ne dirai jamais assez que cette victoire est aussi celle de nos familles) … retourner au travail après trois semaines de pleine campagne prise sur les congés annuels. A vrai dire, je n’avais pas vraiment la tête à replonger dans mes dossiers et mon esprit restait plutôt à Colombes.
Vient enfin le conseil municipal du 21mars. De manière étonnante, je n’ai pas ressenti d’émotion particulière. Une grande jubilation, bien sur ; de la fierté d’avoir contribué à la bataille qui nous a conduit dans cette salle où dans quelques instant Philippe Sarre, sous les acclamations de la foule, sera fait maire de Colombes, et 17 d’entre-nous deviendrons ses adjoints, dans la diversité des personnalités, des convictions politiques, des choix personnels.
Une forme de curiosité me saisit, moi qui n’ai jamais été élu, de me retrouver de ce côté de « l’hémicycle », alors que je ne connaissais la salle du conseil que du fond, côté public. Et puis une interrogation : quelle attitude adoptera N. Gouéta, elle qui avait été tant agressive en séance du conseil pendant 7 ans, avec ses amis?
Plus tard, une joie intense me traverse quand, après un vote à bulletin secret, Philippe est élu Maire ; petit moment d’amusement quand il m’appelle pour me passer l’écharpe tricolore, et se trompe de bras, puis de sens : on s’y reprend à trois fois, sous les rires de la salle. Philippe continue à appeler les adjoints et trouve pour chacun un mot de sympathie.
Assis face au public, je vois mes compagnons de campagne, tous et toutes hommes et femmes de conviction et de dialogue : à quoi pensent-ils en ce moment derrière leurs sourires ?
Je cherche ma femme dans la foule, mon fils, j’arrive à peine à les voir.
La séance est close par un discours de Philippe, puis par plusieurs autres interventions qui se perdent dans la chaleur de la salle et la fatigue du public.
A la fin de cette longue séance, nous saluons longuement nos amis présents dans le public, nos familles fières des unes et des autres, et après un verre de l’amitié, je rentre chez moi, paré de mon nouveau bonheur.
Ce n’est que le lendemain, en ressortant l’écharpe tricolore qui m'a été confiée, que je réalise vraiment ce qui vient de se passer : et cette fois-ci, bien des questions, qui n’étaient que théoriques tant que je n’étais pas élu, m’assaillent. Dorénavant, une grande responsabilité vis-à-vis des Colombiens, tant personnelle que collective, m’incombe : je suis devenu un élu du peuple ! Si ces trois mots « élu du peuple » ont une connotation un peu pompeuse, un feu ronflante, ils ont néanmoins une signification particulière et plusieurs sentiments s’entremêlent : est-ce parce que je suis petit-fils d’immigrés ? Ou parce qu’une grande partie de la famille de mes parents a subi les affres du régime pro-nazi de Pétain? Parce que la République et son école, et également mes parents m’ont élevé dans des valeurs qui ont bâti ce que je suis devenu ? Parce que les convictions que je me suis forgées au cours de ma vie, depuis mon adolescence jusqu’à aujourd’hui, m’ont pétri d’un humanisme et d’une attention pour l’Autre que je revendique ? Parce que je suis heureux et que je tiens à ma famille comme à la prunelle de mes yeux ? Parce que Colombes est faite de gens divers, socialement, culturellement, et que j’ambitionne que chacun trouve sa place dans une ville où il ferait bon vivre dans la liberté pour soi et le respect pour l’autre ? Parce que mes convictions écologistes vont pouvoir être mises en œuvre concrètement ? Sans doute tout cela à la fois et mille autres raisons probablement.
Ce qui est certain, c’est que depuis, il a fallu relever les manches. Les Colombiens nous attendaient avec impatience. Les promesses ne suffisent pas, il faut savoir les mettre en œuvre. Oui, les habitants de Colombes nous ont confié une haute et belle tâche, une grande responsabilité à leur égard. C’est ce que nous faisons au quotidien depuis un an.