Les 7 et 8 janvier, nous avons été horrifiés par les attentats qui ont tué 17 personnes : des journalistes de Charlie Hebdo, parce qu’ils étaient journalistes; des policiers, parce qu’ils les protégeaient, parce qu’ils nous protégeaient ; et puis des Juifs, parce qu’ils étaient juifs.
Notre pays rassemblé, et les Colombiens devant l’Hôtel-de-Ville, ont redit leur attachement à nos valeurs, à la démocratie, à nos libertés notamment d'expression, d'opinion, à notre sécurité, à notre désir de vivre ensemble dans la paix, sans distinction de religions, de croyances et de sensibilités .
Le 11 janvier, nous avons dit que nos différences peuvent être autre chose que des obstacles, et sont une véritable chance pour tous ceux qui vivent sur notre sol et aspirent au bien-être partagé.
Nous ne devons pas oublier. Ni les victimes assassinées, ni les blessés, ni ces hommes anonymes mais courageux, qui se sont révélés être de véritables héros face à la barbarie. confrontés à une situation extraordinaire, ils ont sauvé, ou tenté de sauver, avec un esprit de sacrifice, d'autres vies. C'est magnifique, c'est d'une dignité absolue.
Hier, l’important était d’être ensemble. Nous devons poursuivre cet état d’esprit, sans cacher nos différences, car c’est cela la démocratie.
Nous sommes désormais confrontés à plusieurs défis :
Le premier défi est de lutter contre le terrorisme tout en préservant les libertés publiques.
La pire des réactions serait de sombrer dans la peur, de rogner les libertés publiques en multipliant les lois d’exception, autorisant des pouvoirs d’enquête spéciaux, le recours à une justice expéditive ou la mise en place de politiques ultra sécuritaires.
Les écologistes ne sont pas de ceux qui déclarent la guerre ouverte, surtout pas à une soit-disante civilisation qu’auraient représentés les trois terroristes. Mais les écologistes sont aussi ceux qui se méfient des glissements sécuritaires fondées sur des peurs savamment orchestrées par des propagandes malvenues.
Nous devons, également, prendre la question des prisons à bras le corps. Car il est contreproductif de les remplir si elles font office d’école du crime et de centre de formation pour terroristes.
Les prisons, pourtant destinées à sanctionner délits et crimes, telles qu’elles sont aujourd'hui en France, deviennent une honte pour la justice, mais aussi pour la dignité humaine, et un danger pour la République. Au-delà de la punition prévue par la loi, nous devons redéfinir leur utilité sociale, en refaire un sas de réinsertion, une étape qui rend meilleure, ne fait pas de vous un monstre.
Ensuite, il faut redéfinir un projet de vivre ensemble et d’égalité
Les 3 jeunes qui sont devenus des tueurs, des assassins, des terroristes ne venaient pas d'ailleurs. ils étaient des enfants de la République Française, passés par une multitude de structures françaises et républicaines, l’école, l’aide sociale à l’enfance, la prison.
Ce n'étaient pas des anges, mais ils ne sont pas nés terroristes, ils le sont devenus. La faille est donc autant idéologique que sociale. Y répondre passe nécessairement par des politiques d’éducation et d’intégration plus fortes, par le déploiement de services publics de proximité dans les territoires.
Refonder le pacte du vivre-ensemble, c’est aussi lutter pied à pied contre tous les amalgames, toutes les expressions de racisme, les raccourcis honteux qu’on entend trop souvent. C’est dénoncer sans faillir l’imposture des partis politiques qui fondent leurs actions sur la discrimination, la désignation d’un ennemi public ou la stigmatisation d’une religion alors que notre pays connaît une véritable crise morale, crise qui a amené un parti d’extrême droite en tête des dernières élections européennes
Nous ne devons rien céder à l’antisémitisme et à l’islamophobie, qui sont les deux aspects d’une même haine. Nous devons leur mettre un coup d’arrêt, ne jamais relâcher nos efforts.
Redonner sens au vivre ensemble passe par s’interroger sur la place de la laïcité dans notre pays, avec calme et sérénité. Nous sommes convaincus que, forts de nos valeurs de tolérance, nous serons capable de redéfinir une laïcité ouverte qui laisse respirer les religions et les non-croyances, pour leur permettre d’être vécues de manière apaisée et donc de trouver leur juste place, ni plus ni moins.
Enfin, il faut regarder ce qui ne fonctionne pas dans nos quartiers, améliorer ce qui doit l’être en prenant bien soin de ne pas faire croire qu’un habitant vivant dans un quartier populaire est à priori un délinquant, voire un assassin, pire un terroriste. Au contraire.
La société de consommation, en se concentrant avant tout sur le pouvoir d’achat des individus, a conduit à atomiser la société, à délégitimer l’action collective et le fait d’agir ensemble pour l’intérêt général.
Le goût du dialogue, le sens de l’impôt, la solidarité se sont affaiblis tout comme la confiance dans la représentation politique qui s’est effondrée.
La crise économique, sociale et environnementale que nous connaissons, l'absence de bonnes conditions de logement et d'activité, asphyxient notre jeunesse et entraine l’absence de perspectives.
Dix ans après les émeutes dans les quartiers populaires, et malgré des investissements massifs qui ont pu y être faits, la pauvreté, l’isolement et l’enclavement y demeurent.
Rien ne sera possible tant que nous ne construirons pas un nouvel imaginaire désirable.
La décolonisation, les tunnels sans fin et les effets du dérèglement climatique ont changé irrémédiablement les perspectives de développement de nos sociétés.
Les vieilles recettes ne marchent plus et les habitants, de plus en plus touchés par le chômage, la précarité et la pauvreté, s’en rendent bien compte.
La croissance est encore définie par les dirigeants comme le carburant du progrès. Mais dans ce cas, comment susciter de l’espoir quand il n’y a plus de croissance, quand le seul horizon qu’on leur propose est de payer des impôts pour rembourser une dette dont ils ne sont en partie pas responsables ?
L’écologie a un rôle à jouer dans l’après-Charlie.
Pensons à toutes les filières de l’économie verte, celle des énergies renouvelables, de la rénovation des bâtiments et logements, de l’économie circulaire par exemple, viviers de nombreux emplois.
Il nous revient, à nous écologistes, de montrer qu’un autre modèle de développement, désirable, est possible, qui n’est ni le libéralisme ni le nationalisme.