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total augmente l'essence

« Les énergies renouvelables sont une solution pour réduire la dépendance énergétique du pays et créer des emplois. »

 

Expert en politiques énergétiques et ancien président de l’Ademe, Pierre Radanne intervient sur la mise en œuvre de plans climat énergie régionaux, en France, et auprès de pays africains dans la négociation internationale sur le climat menée par les nations unies. Nous l’interrogeons sur le devenir de la politique énergétique française.

Interview de Pierre Radanne dans http://www.fondation-macif.org/Energies-renouvelables-ou-en-est

 

Pierre Radanne, comment expliquer la posture figée du gouvernement français concernant un moratoire sur le nucléaire ?
Il est sans doute beaucoup plus difficile pour la France de faire le constat que le nucléaire est une industrie à risques graves. Cela s’explique par la politique industrielle menée depuis l’après-guerre et dont la direction a été fortement inspirée par la déroute de mai 40, face à une Allemagne largement modernisée. La France, en décidant de combler son retard, s’est lancée dans de grands programmes industriels dont le nucléaire, avec une compagnie électrique d’état. Ce fut une réussite avec les résultats que nous connaissons. Cependant, en faisant le pari du nucléaire et en délaissant les autres solutions, la France s’est rendue dépendante à 78% de cette énergie. Pour le gouvernement, cela supposerait donc la remise en question d’une politique conduite depuis plus de 40 ans.

 

Remettre en question cette politique représenterait un investissement considérable. Que répondez-vous à cela ?
Tchernobyl et Fukushima ont eu lieu. Nos amis japonais vont se retrouver avec un territoire sanctuarisé, inaccessible, dans un des pays du monde où la densité est la plus élevée. Une catastrophe nucléaire a une portée temporelle que les autres filières du secteur énergétique n’ont pas. La France, seul pays engagé fortement dans le nucléaire, n’a pas eu d’accident grave, mais est-ce que cela va durer ? En outre, cet événement arrive à un moment où il va falloir se préparer à renouveler le 1er parc de réacteurs construit dans les années 70. Il y aura, d’une manière ou d’une autre, un investissement considérable à réaliser.

 

La voie des énergies renouvelables est celle que vous défendez. En quoi est-ce une solution ?
Aujourd’hui, 87% de notre énergie est importée. C’est une situation de fragilité qui peut se résoudre avec une énergie renouvelable locale. Par ailleurs, nous vivons une crise économique et financière, le chômage est en constante augmentation et paradoxalement nous dépensons des milliards d’euros pour acheter du pétrole, du gaz, du charbon, de l’uranium à l’étranger ! Les énergies renouvelables sont, elles, une solution pour réduire la dépendance énergétique du pays et créer des emplois.

 

Choisir les énergies renouvelables c’est, selon ses détracteurs, augmenter sa facture énergétique. Quels arguments faites-vous valoir dans ces conditions ?
La comparaison sur le prix des énergies renouvelables est difficile, les prix du pétrole et de l’électricité font de telles dents de scie… Ce que l’on peut constater, c’est que le prix des énergies renouvelables ne repose pas sur autre chose que les coûts de fabrication et d’installation des infrastructures. Il n’est pas dépendant des conditions géopolitiques ou de difficultés d’approvisionnement. J’ajouterai qu’on oublie souvent de préciser que le prix de du carburant, du gaz, ou de l’électricité, est en constante augmentation. Quelque soit le scénario choisi, si vous ne voulez pas augmenter vos dépenses énergétiques vous devrez réaliser des économies d’énergie. C’est inévitable.

 

C’est un des scénarios probables de notre avenir proche : la sobriété énergétique ?
Oui. Le prix de l’énergie au 19ème et au 20ème siècle a été sans cesse décroissant : progrès techniques, découverte de gisements extrêmement faciles d’extraction, une demande assez faible… En 2050, nous atteindrons une population mondiale de 10 milliards d’habitants, les nombreux pays émergents vont enfin accéder au marché de l’énergie, tandis que les nouveaux gisements seront plus difficiles d’accès, les conditions d’extraction de plus en plus contraignantes et donc de plus en plus coûteuses : le prix de l’énergie va nécessairement continuer à croître. Nous sommes dans un siècle où notre relation à l’énergie, à sa consommation va être à l’exact opposé de ce que nous avons connu jusque-là.

 

Pourquoi sent-on, pourtant, encore une frilosité des français sur les énergies renouvelables, et notamment, l’installation des parcs d’éoliennes ?
L’insuffisance du débat sur l’énergie, de la réflexion sur les risques fait qu’une partie de la population ne s’est pas rendue compte des conséquences d’une dépendance à l’énergie nucléaire, de la gravité des risques encourus. Par ailleurs, les discours des pouvoirs publics et des opérateurs nucléaires sont quelque peu lénifiants : le nucléaire fonctionne bien, coûte moins cher… alors pourquoi s’ennuyer à faire autre chose ?

 

N’y a-t-il pas une manière de faire qui pose problème ? L’absence de concertation des populations locales lors des programmes d’installations de parcs éoliens est souvent pointée du doigt…
Il est vrai qu’un certain nombre d’acteurs des énergies renouvelables ont des attitudes commerciales extrêmement agressives. Quand, il y a quelques années, le gouvernement a desserré l’étau et s’est réengagé sur le développement de l’éolien, les opérateurs commerciaux se sont précipités, craignant que ne se referme trop vite le couvercle de la marmite. Ils y sont allés avec une brutalité qui, bien évidemment, a choqué les gens. Tout cela a généré localement des comportements d’opposition.

 

Certains acteurs des énergies renouvelables se distinguent-ils dans leur manière de faire ?
Oui, certains projets d’éoliens sont menés avec la concertation des collectivités et des populations locales. Les bénéfices générés par la vente d’électricité sont même réinvestis dans le développement de services collectifs et les tarifs sont négociés. A ce moment-là, vous n’avez plus ou peu d’opposition.

 

Que peut-on attendre dans les prochains mois, autres prochaines années, en matière d’avancées techniques ou politiques dans le domaine énergétique ?
La réglementation européenne votée en 2009 nous a donné pour objectif d’atteindre 20% d’économies d’énergies, de réduction d’émissions de CO2 et d’énergies renouvelables, pour 2020. C’est déjà un grand pas. Cependant, cela suppose une période de transition où l’utilisation de combustibles fossiles sera nécessaire. Il faut donc résoudre le problème de séquestration du carbone et trouver des procédés techniques permettant la capture de gaz carbonique dans les grandes installations de combustion et leur enfouissement dans d’anciens gisements de pétrole ou de gaz. Les norvégiens y travaillent, en mer du nord, ainsi que les américains, les algériens, les allemands… les français aussi, à Lacq, dans les Pyrénées Atlantiques. Enfin, inévitablement, la question des énergies sera au cœur des élections présidentielles, non seulement à cause de Fukushima, mais aussi du fait de la hausse des prix du pétrole et du changement climatique.

 

Travaillez-vous justement en vue des prochaines élections présidentielles ?
Bien sûr. J’effectue actuellement un travail de prospective pour éclairer le débat français sur l’approvisionnement énergétique, la réduction de notre consommation et l’augmentation du coût des énergies. Ce travail doit aussi apporter une réflexion en termes d’emplois, de
http://www.fondation-macif.org/squelettes/IMG/spacer.gifretombées sociales et économiques positives pour notre pays, en fonction des différents scénarios que l’on peut faire. Il faut que, dans le cadre des présidentielles, chacun puisse se

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