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à propos des rythmes scolaires

Les rythmes scolaires sont liés au rapport entre la société et l'école, et entre la société et son enfance. A l'origine de l'école républicaine, ils ont été largement construits selon les besoins de l'époque, par exemple pour assister ses parents dans le travail des champs, d'où les longues vacances d'été. Aujourd'hui la société a évolué et on ne peut que constater la divergence entre ce que nous savons des besoins de l'enfant en matière d'apprentissages et ce que la société considère comme le plus pratique en matière de gestion  technique de l'institution scolaire.

Sujet relayé par les médias, grève d'une partie des enseignants du primaire, concertations avec les syndicats d'enseignants et les associations de parents d'élèves, débat demain soir organisé par la MJC et le CEIC, point inscrit à l'ordre du jour du prochain conseil municipal. La question des rythmes scolaires intéresse beaucoup de monde. Elle concerne nombre d'élus locaux en France, et fait aussi  l'objet de réflexions au sein de la Fédération des Elus Verts et Ecologistes (FEVE). En voici quelques éléments.

 

Tout d'abord, on peut se demander si on s'intéresse vraiment aux élèves? Par rapport à ce qui est attendu d'une grande réforme de l'Education Nationale, l'entrée par les rythmes scolaires génère malentendus et déception, c'est un constat. Or si réforme générale il y a, elle ne peut être élaborée en quelques mois: quelle école? pour quelle éducation? quelles formations? quelles transmissions? qui? comment? les moyens? les enseignants? les autres acteurs? etc... Un chantier qui prend un mandat présidentiel si on veut le conduire à bien.

Beaucoup d'enseignants sont déçus, c'est vrai, car ils s'attendaient à ce que l'on s'attaque enfin aux causes de l'échec scolaire dès le plus jeune âge: effectifs très chargés, programmes délirants (que penser de l'anglais en CP que la réforme va ajouter ?), calendrier annuel complètement déséquilibré, devoirs du soir, système d'évaluations uniquement normatives et manque de temps pour la remédiation, absence de valorisation du travail en équipe et de la créativité, manque de personnel spécialisé pour intervenir en classe dès la première difficulté auprès des élèves, manque de personnel pour soigner les enfants, les garder lorsqu'ils sont malades (actuellement, ils cuvent leur grippe au fond des classes...), manque de remplaçants.

Ceci étant, les débats actuels concernent essentiellement le décret sur les rythmes scolaires. qu'est-ce qu'on peut en dire?

Il faut tout d'abord rappeler que l'école en France, c'est aussi une offre de garderie aux familles pour leurs enfants de 2/3ans à 12 ans. Cette fonction a une valeur d'usage qui doit être prise en compte. Cette fonction joue un rôle égalitaire non négligeable pour les familles mono-parentales et celles à faibles revenus. Ne l'oublions pas pour mieux penser l'école du XXIème siècle.

Les rythmes eux-mêmes: si la démarche est bien celle de l'intérêt des enfants quant à leurs besoins propres de 2/3 ans à 12ans, alors il faut en même temps intégrer le raccourcissement des vacances d'été. Ce tunnel de 2 mois est un non sens pour les enfants par rapport à ce qui est travaillé durant les autres 9 mois (autonomisation, mémorisation, rapport à l'effort, régularité, construction de la structuration temporelle, plaisir de découvrir et d'apprendre...), par rapport aux contraintes des parents et par rapport au statut des enseignants du 1er degré (pour faire simple, des vacances contre des moindres salaires?). Cela reste donc un point majeur de blocages du fait d'autres intérêts que ceux des besoins des enfants.

La semaine de 4 jours et demi fait débat. Il faut cependant entendre et constater ce que la semaine de 4 jours mise en place par Sarkozy, Fillon et Darcos- a comme conséquences dans les écoles - ce qui était grandement prévisible . Stress pour tous (adultes et enfants), fatigue, inadéquation entre ce qu'il conviendrait de faire et la réalité des programmes (pour les enseignants). Les élèves sont épuisés, énervés, après une journée de classe extrêmement dense en terme de programmes. Des enseignants pratiquent le soutien aux élèves en difficulté après la journée de classe;  mais depuis la semaine 4 jours avec des élèves qui parfois s'endorment sur le bureau.  Il faut se rappeler l'intérêt qu'il y avait à faire classe le samedi matin (la semaine de 4j et demi, il n'y a pas si longtemps). Le samedi matin était le bon moment de la semaine: du fait que tout le monde (enfants comme adultes) anticipant le week-end était capable d'investir au mieux les 3 heures ensemble. De plus, cette demi-journée permettait à certains parents (notamment les pères) d'entrer dans l'école, ce qui ne leur est pas possible le reste de la semaine. Or le mercredi matin semble avoir plus de faveurs - pour des raisons autres que celles de l'intérêt des enfants - que le samedi.

Le cœur  du sujet tourne autour de l'organisation des activités péri-scolaires: comme cela repose sur les communes et intercommunalités quand ces compétence leur sont transférées, la question des moyens semble se poser d'emblée, ailleurs et à Colombes. La journée d'école commence pour certains dès 8h, et se termine à 18h30. Aménager intelligemment ce temps très long passé à l'école, pour permettre aux enfants d'avoir des moments de décompression et de détente les soulageant du stress de la collectivité est très louable. De fait , cela demande des locaux, du personnel qualifié, du matériel, et des financements.

Par ailleurs, il faut faire attention au fait d'externaliser systématiquement les activités artistiques ou sportives. ces dernières doivent demeurer dans le temps scolaire. il y a un vrai danger à les généraliser en activités para ou péri scolaires à l'initiative des seules familles, sources d'inégalités sociales ou territoriales.

La ville de Colombes est engagée activement depuis fort longtemps dans l'animation périscolaire, l'aide aux devoirs et l'accueil des élèves dans le souci de répondre aux besoins des familles. Comment faire mieux? Comment corriger les erreurs? Comment s'approprier ce débat?

Il y a toujours des raisons pour ne pas revenir sur la contre-réforme Darcos-Sarko, catastrophique en terme de déscolarisation des élèves et en particulier ceux issus des milieux modestes: "parce que des enseignants ne le veulent pas", « parce que c’est pas abouti, ce sera mieux en 2014… », « ca coûte cher », « on n'a pas les personnels pour… » etc.

Il y a la posture qui consiste à attendre « la grande réforme» dont « la question des rythmes ne serait que la petite porte...

Il y a surtout une question de volonté politique qui est soulevée et en particulier celle des collectivités confrontée à leur propre capacité à décloisonner leur politique en faveur de la jeunesse, à faire le tri dans ce qui ne marche pas, à laisser tomber aussi les petits clientélismes couteux.

Une formidable occasion d’expérimenter, accueillir les enfants dès 8h ou les « lâcher » à 15h45 : cela pose tout à la fois les questions de la qualité de l'accueil avant les cours que du devenir des gamins quand nombre de parents sont encore occupés ou au travail. On parle projet de société. 45 minutes avant ou après l’heure habituelle d’entrée et de sortie, recaler le temps d’une pause méridienne et donc repenser le rapport au déjeuner et donc à la bouffe, oui, c’est essentiel.

On sait aussi que de la qualité de l'accueil périscolaire dépend le taux d'emploi (féminin notamment, 800 000 femmes vivent seules avec enfant(e)s dans notre pays et en dessous du taux de pauvreté...).

Oui, il nous faut tout à la fois affirmer qu'il faut des contreparties à cette juste réforme, notamment pour les enseignants en début de carrière mais également pour les communes qui vont percevoir un forfait compensateur par élève, dégressif et très insuffisant

Mais l’idéal, ce n’est pas attendre non plus le « toujours plus » pour se retrancher dans un vague centre mou d’une grande alliance entre, d'une part, des positions syndicales pour partie justifiées (faiblesse des salaires) et pour partie révélatrices d'un certain conservatisme (on dénonce la réforme parfois par principe alors qu'on dénonçait aussi le dispositif Darcos Sarkozy...), et, d'autre part, des positions parentales qui reflètent souvent celles des plus privilégiés d'entre eux, économiquement et culturellement. Clairement, les parents démunis sont ceux qui ne prennent pas la parole dans ce type de débat.

On ne peut remettre l'intérêt de l'enfant dans le jeu de compromis entre parents (divisés) et professeurs (grande diversité de ce côté là également).

La qualité de l'accueil périscolaire, le pilotage par des référents du côté communal de cette dimension, les synergies à trouver avec les autres pans de la politique de la jeunesse (revisiter les priorités de la politique de la jeunesse, tisser des liens avec certaines associations ou les Centres Sociaux et Culturels, voire le monde étudiant sur du Tutorat...), assumer enfin la dimension territoriale du projet pédagogique sont des pistes de travail d'un réforme qu'il convient de consolider.

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