Après plus de 7 semaines de manifestations les gilets jaunes restent en haut de l’affiche, même si le soutien de l’opinion publique est passé de 84% en novembre à 55% ce week-end, ce qui reste considérable. Les images violentes vues sur les écrans et les réseaux sociaux y sont certainement pour quelque chose, ainsi que les propos racistes, antisémites et homophobes d’une minorité d’individus parmi eux. Les gilets jaunes devraient publiquement faire le ménage entre eux, tout en préservant leur diversité bien légitime.
Là où les revendications étaient fondées sur l’injustice fiscale dont la taxe carbone a été le déclencheur, elles tournent désormais autour de la justice sociale et du pouvoir d’achat, bizarrement sans que les gilets jaunes s’en prennent au MEDEF et au patronat ; et sans pour autant reprendre en compte les enjeux des crises environnementales et climatiques.
Ces revendications mettent aussi en cause nos institutions et leurs représentants.. En soi le débat sur les institutions est tout à fait légitime, mais ce n’est pas en saccageant les permanences des parlementaires ou en prenant d’assaut des bâtiments publics que cela fait progresser les choses. Il est vrai que les pouvoirs publics ont depuis des décennies laissé la FNSEA saccager des dizaines de préfectures sans poursuivre quiconque, et que ses dirigeant sont même devenus ministres. Est-ce normal ? Pas vraiment Pire, depuis 1934, le souhait répété d’atteindre l’assemblée nationale, ou encore l’Elysée a une vieille connotation putschiste qui laisse penser qu’une minorité de gilets jaunes veulent clairement renverser la démocratie, aussi imparfaite soit-elle. Cela nest pas acceptable
Les violences, dans une société moderne, ne sont pas tolérables d’où qu’elles viennent, celles de certains gilets jaunes tout comme celles de certains membres des forces de l’ordre.
L’absence d’instauration de dialogue et de jusqu’auboutisme de part et d’autre – que ce soient les gilets jaunes qui veulent la démission de Macron – ou du gouvernement – qui mise sur l’essoufflement du mouvement, n’aide pas à la résolution du conflit.
Le gouvernement doit trouver le moyen de signifier l’apaisement et la fin des violences policières délibérées qui doivent être sanctionnées (et pas les actes défensifs des forces de l’ordre face à des énergumènes extrémistes dans leurs actes qui doivent être déférés devant la justice).
Ici où là on entend, on lit que nous sommes en dictature. Notamment certains responsables politiques ne s’en lassent pas. Que ceux qui tiennent de tels propos aillent en Russie, en Chine, en Egypte, au Vénézuela voire aux Etats-Unis. Qu’ils manifestent comme ils le font en France, et qu’ils viennent nous raconter comment cela se passe s’ils ne sont pas emprisonnés ou tués.
La majorité des gilets jaunes ne peut être confondue avec sa minorité violente et extrémiste, les manifestations de ce jour des femmes gilets jaunes l’ont montré clairement. Toutefois, ce mouvement est voué à l’échec s’il ne s’approprie pas les enjeux de la transition écologique et des mesures qui doivent l’accompagner telles les solutions alternatives aux énergies fossiles et nucléaires .
C’est sans doute utile de lancer un grand débat national et que la Commission Nationale du Débat Public, présidée par Chantal Jouanno, l’anime si possible de manière indépendante, mais ce n’est pas suffisant. Le gouvernement doit revenir sur sa méthode de ne pas reconnaître les corps intermédiaires, en particuliers les syndicats et les grandes associations, qu’il négocie avec eux, qu’il trouve les bons compromis et que le Président Macron cesse de faire référence, comme lors de ses vœux du 31 décembre, au conservatisme social et à la méritocratie libérale.
Les gilets jaunes ne sont pas le peuple, mais une fraction de la nation. Pour faire bouger les lignes ils doivent s’allier avec les autres composantes de notre pays, associatives, syndicales et politiques, pour bâtir un nouveau pacte social et écologique – les 2 sont intimement liés – dans le cadre de négociations, de compromis au cœur desquels se trouveront la démocratie et la citoyenneté.
Les outils sont à inventer, mais dans le dialogue, pas dans le rapport de force permanent, ni de la part des gilets jaunes, ni de la part du gouvernement.