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Egypte : l'armée a aussi écrasé la démocratie naissante

 

 Les islamistes ne sont pas les seules victimes de l'assaut donné mercredi par les forces de sécurité contre les deux "sit-in" de militants pro-Morsi  au prix, semble-t-il, de plus de 230 morts selon des bilans encore provisoires à l'échelle nationale. Les libéraux ont été politiquement laminés par le choix du tout-sécuritaire qui a prévalu. Mohamed El-Baradei l'a bien compris, en donnant sa démission mercredi, en milieu d'après-midi.


Jusqu'au bout, le Prix Nobel  de la paix 2005 a lutté pour arracher une solution pacifique au sein du gouvernement de transition installé après la destitution par l' armée du président islamiste Mohamed Morsi. Mais les "sécuritaires", dont la ligne est incarnée par le chef d'état-major et ministre de la défense Abdel Fattah Al-Sissi, l'ont emporté.


 RETOUR EN ARRIÈRE

C'est un terrible retour en arrière, à commencer  par la mise en place du pire symbole des années Moubarak : l'état d'urgence, en vigueur pendant les trente ans de règne de l'ex-raïs, qui a été réinstauré pour une durée d'un mois. Il donne le droit à l' armée  d'arrêter et de juger  des civils. C'est une négation de tous les acquis de la révolution de janvier 2011.


Lire aussi hors du Caire, des heurts et des incendies se multiplient  

A la suite de M. El-Baradei, la plupart des libéraux du gouvernement vont devoir partir , sous peine de cautionner   une répression aveugle et cynique. Et, s'ils restent, ils savent désormais que leur voix ne comptera pas. Pour avoir  cautionné, voire contribué à provoquer  le retour au pouvoir  de l'armée, ils sont exécrés par les islamistes, et le grand public, chauffé à blanc par la propagande nationaliste et anti-Frères des médias , les tient au mieux pour des "lâches", au pire pour des "traîtres".


Avec la vague de violences sans précédent qui a été soulevée par l'assaut contres les camps de Rabiya Al-Adawiya   et de la place Al-Nahda – attaques d'églises, de citoyens coptes, de commissariats –, l'état d'urgence n'est pas près d'être levé. L'Egypte s'apprête à  entrer  dans un cycle de violences au moins comparable à celui des années 1990, lorsque le  pouvoir  a mis six ans (1992-1998) à écraser une insurrection de bien moindre ampleur des Gamaat al-islamiya, qui s'en prenaient quotidiennement aux policiers, aux coptes ou aux touristes, d'abord au Caire, puis en Haute-Egypte. Le retour au calme s'était fait au prix de la détention de quelque 90 000 personnes, de violations massives des droits de l'homme et d'une absence totale de démocratie.


Le Monde.fr | 14.08. 2013 • Par Christophe Ayad  


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