Les bons architectes l’affirment : les règlements n’ont jamais empêché de construire un bâtiment moche. En revanche, les règles brident à coup sûr la fantaisie. L’urbaniste Michel Cantal-Dupart se souvient «d’un type, à Nantes, qui avait peint sa maison en rouge. Ça indignait les voisins. Mais très rapidement, tout le monde parlait de la rue de la maison rouge». Avec sa lubie, l’hurluberlu avait créé un signal urbain.
Une petite voie de Colombes (Hauts-de-Seine) pourrait devenir, à son tour, la rue de la maison rose. L’une des maisonnettes d’avant-guerre qui la bordent est, depuis un an, toute rose. Du bas de la façade à la cheminée, tout a été recouvert dune mousse polyuréthane de cette teinte, tuiles comprises. Le produit épouse comme un gant tous les détails et l’on distingue parfaitement la silhouette du coquet pavillon de banlieue. Le résultat est assez surprenant. Et une question saute à l’esprit : comment ont-ils obtenu l’autorisation ? Paradoxalement, en ayant un projet sérieux.
Les clients de Christelle Chalumeaux, l’architecte, voulaient s’agrandir. Ils pouvaient obtenir le droit de construire une extension (27 mètres carrés) à condition d’améliorer la «performance thermique» de la maison. C’est un système donnant-donnant prévu par la loi : je te donne de la surface, tu pollues moins. L’architecte a étudié les grands classiques de l’isolation. Mais l’empaquetage par l’extérieur s’est imposé à la fin.
Côté couleur, le client voulait du bleu. C’est donc un permis de construire azuréen que l’architecte a déposé en mairie de Colombes. «Très vite, j’étais dans le bureau de l’adjoint à l’urbanisme pour le convaincre. Je suis arrivée à 8 heures du matin et je suis sortie à midi.» Patrick Chaimovitch, l’adjoint, se souvient que, devant ce dossier, «les gens des services ont fait des bonds». Admettant que c’était «un peu spécial», il a «beaucoup hésité». «Et finalement, signé le permis.» Avec une réserve : pas de bleu, trop balnéaire.
> > D’où le rose, «dans l’idée d’une peau», dit Christelle Chalumeaux. L’élu raconte encore : «Quand les travaux ont été achevés, j’ai eu des hurlements autour de moi, on m’a parlé de chewing-gum, de guimauve.Mais je suis assez favorable à ce que les gens, les architectes, puissent s’exprimer.» Même si, ajoute-t-il, «honnêtement, je ne ferais pas ça tous les jours».
A notre époque, on a peu de chance de pouvoir réaliser un pavillon mauresque comme il s’en faisait dans les années 1920. «Il ny a pas de place aujourd’hui pour les fantaisistes, résume l’urbaniste Cantal-Dupart. Et souvent, pas non plus pour l’architecture.»
Par Sibylle Vincendon (Libération du 15 janvier 2011)