Avant d'aborder dans un prochain article le devenir de la ZAC de la Marine, je souhaite rappeler ici quelques principes, quelques idées-forces, évidemment discutables et contestables, de ce qu'est un éco-quartier.
Les enjeux
La lutte contre le changement climatique constitue aujourd’hui un enjeu prioritaire à l’échelle planétaire, et l’une des priorités des politiques nationales et locales. Les espaces urbains jouent un grand rôle dans ces politiques, puisqu’ils concentrent la grande majorité des consommations d’énergie (près des trois quart) et sont les principaux émetteurs de gaz à effet de serre (environ la moitié).
Les transports et le secteur du bâtiment contribuent fortement à ce bilan. Au-delà de l’amélioration des performances du bâti, le renouvellement des principes et des processus de fabrication de la ville constitue donc un levier majeur d’action.
Les « éco-quartiers » constituent un territoire privilégié d’expérimentation de ces nouvelles méthodes et de nouveaux standards dans le domaine de l’énergie, des déplacements, de la gestion de l’eau, du confort...
Des projets d’éco-quartiers ou de quartiers durables se sont développés depuis plus de dix ans en Europe, principalement dans les pays du Nord de l’Europe et en Allemagne. On peut notamment citer les exemples phares des quartiers Vauban à Fribourg et Kronsberg à Hanovre, de BedZED près de Londres ou Bo01 à Malmö. Plusieurs villes françaises se sont également engagées dans des opérations comparables ces dernières années, et plus récemment en Ile-de-France.
Il y a actuellement en France beaucoup de débats autour des éco-quartiers ou des quartiers durables. Le Grenelle de l’environnement y a contribué en favorisant une large prise de conscience des enjeux climatiques et en réaffirmant la nécessité d’une cohérence accrue entre urbanisation et gestion durable des transports.
Mais qu’est-ce qu’un éco-quartier exactement ? En quoi l’échelle du quartier est-elle pertinente pour la mise en œuvre du développement durable ?
Quelle définition ?
Eco-quartier ou éco-construction?
L’éco-construction constitue une approche environnementale à l’échelle du bâtiment. Elle traite des cibles techniques de la démarche HQE® (Haute Qualité Environnementale) : implantation du bâtiment, procédés constructifs et matériaux, gestion de chantier, …
L’éco-quartier renvoie à un changement d’échelle : l’échelle de l’aménagement d’un « quartier » ou d’un morceau de ville. Les éco-constructions peuvent donc être considérées comme les briques d’un projet plus vaste d’éco-quartier.
L’éco-quartier constitue l’échelle pertinente pour assurer la pleine intégration de certaines problématiques environnementales (la mobilité notamment) et l’ouverture aux dimensions sociales et économiques du développement durable (la participation des habitants, la mixité sociale et fonctionnelle, …).
L’éco-quartier est également l’échelle de la vie quotidienne des citoyens. Il constitue l’« incarnation » tangible de la politique globale d’urbanisme durable d’une municipalité. L’adhésion et l’implication forte des habitants et des usagers de ces quartiers est primordiale à leur réussite ; celle-ci implique en effet une transformation durable des modes de vie et la pérennité d’un véritable projet commun de vie.
Un éco-quartier se développe-t-il forcément sur un secteur vierge ?
Il ne s’agit pas de construire un secteur exemplaire du point de vue de l’environnement, occupé par un nombre réduit de privilégiés, qui soit coupé des quartiers qui l’entourent. L’éco-quartier doit être un lieu ouvert à tous, et s’insérer étroitement dans son environnement en participant à l’amélioration du cadre de vie des populations riveraines.
De plus, sa fabrication ne se conçoit que comme une première étape vers la généralisation d’une approche de développement durable à l’ensemble de la construction et de la requalification du cadre bâti sur le territoire de la commune. Elle seule permettra d’assurer un développement équilibré du territoire en évitant l’opposition de nouveaux quartiers exemplaires par rapport à des quartiers existants de basse qualité environnementale, au sein desquels les habitants continueraient à subir notamment une hausse importante des charges liées au chauffage et à la mobilité.
Un éco-quartier est donc avant tout un processus et un dispositif global, aux dimensions techniques, économiques et sociales.
La définition proposée par l’association des Eco-Maires paraît particulièrement complète et en cohérence avec les principes que la Ville de Colombes souhaite mettre en œuvre pour son développement urbain :
L’éco-quartier ou « quartier durable est un territoire qui, pour sa création ou sa réhabilitation intègre dans une démarche volontaire, une conception et une gestion intégrant les critères environnementaux, un développement social urbain équilibré favorisant la valorisation des habitants, la mixité sociale et des lieux de vie collective, des objectifs de développement économique, de création d’activités et d’emplois locaux, les principes de la gouvernance que sont la transparence, la solidarité, la participation et le partenariat. »
À long terme, il n’y aura pas de développement possible, s’il n’est pas économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement tolérable. La construction ou la réhabilitation d’un quartier devra intégrer cette réalité.
Les éléments clés de la notion d’éco-quartier ou de quartier durable ou encore de nouveau quartier urbain pour la Ville de Colombes
La planification d’éco-quartiers a pour objectif de fonder un quartier sur des principes environnementaux, économiques et sociaux en mettant l’accent sur :
1. L’intégration dans la ville
Ce point regroupe plusieurs principes : une inscription du projet dans les logiques de développement de la ville, à savoir en continuité avec le tissu (paysager et urbain) existant et avec une desserte optimale par les transports en commun, la présence de foncier disponible et la reconstruction de la ville sur la ville.
Une mobilité durable
La réduction significative de la place de la voiture, uniquement possible sous réserve d’une excellente desserte par les transports en commun et du développement des modes doux, constitue l’un des principaux leviers permettant notamment d’atteindre des objectifs de maîtrise des rejets et d’économie de ressources fossiles. Cette réduction ne peut se faire sansun changement volontaire de la part des habitants de leur habitudes de déplacements
Le choix de la localisation d’un éco-quartier doit s’articuler autour de transports en commun performants (le T2 dans un premier temps, le T1 dans quelques années).
2. L’économie d’espace et la compacité
L’économie d’espace constitue la première économie de ressources. Il s’agit donc aujourd’hui de consommer mieux l’espace pour en consommer moins.
Cet objectif passe par la reconstruction prioritaire de la ville sur la ville, en utilisant au mieux les disponibilités du tissu existant : friches urbaines, "dents creuses" (terrains non bâtis insérés dans le tissu urbain), reconversions de bâtiments. Au sein des éco-quartiers, il s’agit également de viser une densité bien gérée et adaptée au contexte urbain, notamment grâce à la promotion de nouvelles formes bâties.
3. La mixité des fonctions et des modes d’habiter
La mixité fonctionnelle et sociale permet de créer des quartiers où l’on travaille, habite, fait ses courses…, et qui offrent un accès aux principaux services et équipements sans l’usage de la voiture : il s’agit de la ville compacte ou ville des courtes distances. La proximité de la ZAC de la Marine avec le secteur des 4 chamins est de ce point de vue essentiel.
La diversification des opérateurs sera recherchée : promoteurs, bailleurs sociaux, mais aussi groupes d’autopromotion.
4. L’économie de ressources, en particulier l’énergie
La réduction drastique des consommations d’énergie et le recours aux énergies renouvelables sont les objectifs incontournables d’un projet d’éco-quartier, pour les bâtiments mais aussi l’aménagement. Il convient également d’intégrer l’économie d’eau et le choix de matériaux durables respectueux de l’environnement.
5. La maitrise des rejets
Directement lié au précédent point, il concerne les émissions de gaz à effet de serre, la gestion des eaux usées et des eaux de pluie, mais également des déchets. L’éco-quartier visera à limiter ses rejets, en particulier en les recyclant pour en faire des ressources utilisables localement (réutilisation des eaux de pluie pour des besoins non alimentaires, peut-être production de gaz pour le chauffage ou la cuisine à partir de déchets organiques…)
6. Le confort et la qualité de vie
La conception du projet vise à réduire les nuisances intrinsèques au site ou générées par le projet sur son environnement (pollutions, bruit, odeur, circulation…).
La préservation et la création d’espaces verts et d’espaces publics de qualité dans la ville contribuent aussi à cet objectif de confort : elles sont un facteur d’attractivité de la ville (espaces récréatifs, confort d’été, lieu de convivialité). Ainsi la création dans la ZAC de la marine d’un jardin public, d’espaces végétalisés et la prise en compte d’un continuum avec les différents jardins crées ces dernières années sont au cœur du projet.
7. La durabilité dans le temps
La réversibilité des constructions et aménagements à moindre coût doit être recherchée dès la conception du projet.
En termes de méthode d’élaboration et de mise en œuvre des projets, les expériences les plus novatrices font apparaître deux points stratégiques :
· l’organisation de modes de production du logement et des espaces extérieurs qui laissent la plus large place possible à la participation des futurs habitants ou usagers, et ce dès le démarrage du projet,
· plus largement, la question de la gouvernance et de la mobilisation dans la durée des habitants, usagers du secteur et riverains, y compris dans la vie du quartier.
Toutes deux conditionnent fortement la qualité des réalisations et le maintien, dans la durée, des ambitions initiales et des bonnes pratiques environnementales.