Avec l’arrêt du projet très controversé de nouvel aéroport à NDDL et le choix du réaménagement de Nantes-Atlantique, l’exécutif a pris une décision difficile mais responsable. Le mérite principal en revient aux acteurs de terrain qui ont pointé de longue date le côté dispendieux et daté du projet, aux écologistes qui ont milité de longue date pour une révision de ce projet, aux agriculteurs qui ont pris des risques pour dire leu besoin de continuer sur à travailler sur des terres fertiles, aux jeunes qui loin des enjeux de croissance à tout prix voient l’avenir comme une symbiose renouvelée du rapport entre l’homme et la nature. Cela malgré tous les lobbys économiques et politiques locaux mobilisés pour tronquer les faits et mettre en danger finalement le devenir de leur région avec des yeux tournées vers le passé.
Il n’y avait pas de décision simple, tant le projet s’était enlisé depuis 40 ans, permettant toutes les gesticulations possibles. Mais le gouvernement a fait un choix et c’est un bon choix …pour le moment. Il n'est pas nécessaire d’approuver en tous points la politique gouvernementale pour reconnaitre que dans ce dossier l’exécutif a bien agi . Le travail préalable de la mission d'experts a préparé la voie à l'expression du choix de Edouard Philippe qui été exhaustive et pédagogique, sans négliger le rôle probablement déterminant de Nicolas Hulot et de quelques autres écologistes discrets mais efficaces.
Il n’est pas certain que sur le fond le Président de la République et ses ministres soient plus ou moins "écolos " que les gouvernants de la mandature précédente. Certes sous Hollande, nous avons eu la loi de transition énergétique et la COP 21, que j’ai soutenues, mais combien d'annonces non suivies d'effet, et de dossiers qui se sont ensablés, tels le nucléaire en général et Fessenheim en particulier ?
Le choix qui est fait permet la réalisation d’un vrai projet agricole, un vrai projet de mobilité pour le Grand Ouest, et un vrai projet de développement économique pour toutes et tous. L’Etat, avec les collectivités, peut imaginer un nouvel avenir pour Notre-Dame-des-Landes, à travers un projet fédérateur autour de l’agriculture durable et de la biodiversité. On pourrait s’inspirer d’expériences passées et réussies: celle du Larzac, où les terres récupérées après l’abandon de l’extension du camp militaire sont depuis gérées, avec la satisfaction de tous, par une société foncière titulaire d’un bail emphytéotique de longue durée signé avec l’Etat. Celle également du Plan Loire Grandeur Nature qui avait acté, après cinq années d’occupation du site de Serre de la Fare, l’abandon de quatre projets de barrages sur la Loire et permis de mettre en place une équipe pluridisciplinaire d’experts aux services de territoires et des porteurs de projets.
Ainsi, à Notre-Dame-des-Landes, L’Etat et les collectivités, à condition que ces dernières remettent à plat leur façon de penser l’avenir, peuvent impulser une phase de transition de quelques mois vers un retour à la normale. Est-ce si étonnant, pour un projet si mal emmanché depuis plus de 40 ans ? Cette transition pourrait commencer à se concrétiser par de premiers signaux rapides, dont un nettoyage de la route « à chicanes » RD 281 qui doit démarrer demain et permettre de retrouver une circulation normale pour les habitants du secteur. Le dialogue sera aussi enclenché avec les citoyens non-violents qui expérimentent sur le site de nouvelles organisations sociales ou activités - de fait pour l’instant de façon irrégulière-, pour, par exemple à terme, qu’une zone définie de la ZAD leur soit accessible pour continuer ces activités dans une relation régularisée. L’Etat et les collectivités géreront cette transition et les éventuelles difficultés qu’elle engendrera. Il faudra évidemment également du temps pour gérer la question de la remise à plat des droits de propriété et d’usage des terres sur lesquelles devait être construit l’aéroport. Les agriculteurs expropriés devront être rétablis dans leurs droits, et celles et ceux qui sont sur place sans titre mais qui ont un projet personnel compatible avec la vocation agricole du territoire devront voir leurs demandes étudiées avec compréhension et indulgence.
L’Etat peut également démontrer sa force en s’assurant qu’il n’y ait plus jamais de projets menés comme celui-ci l’a été. Il doit y avoir un avant et un après NDDL. Les convictions d’élus locaux, aussi respectables soient-elles, ne doivent plus suffire à convaincre de l’utilité d’un grand investissement. Il faut de nouvelles pratiques : plus jamais un grand projet ne pourra être mené sans que ses impacts sur les grands enjeux de demain (climat, préservation des terres agricoles) ne soient correctement évalués et que ses alternatives n’aient été envisagées ; c’est d’ailleurs le sens du projet de loi sur le dialogue et l’évaluation environnementale des projets qui va être soumise au vote du parlement : on verra bien alors ce qu’en feront les acteurs de terrain un peu partout en France- s’il est voté.
Enfin, le gouvernement doit être fort dans sa négociation avec le groupe Vinci. Il est hors de question de payer des centaines de millions d’euros à un groupe qui tire une grande part de ses bénéfices d’équipements dont la puissance publique lui a confié la gestion, et qui de plus, gère l’aéroport existant de Nantes-Atlantique !