Quand président Trump a décidé de sortir de l’accord sur le climat signé à Paris à l’automne 2015 (la COP 21), Emmanuel Macron avait considéré début juin que Trump commettait une faute pour l'avenir de la planète et qu'il n'y avait pas de plan B pour la planète. point de vue réitéré Il y a trois jours dans une interview au magazine Time. Cette prise de position me convient bien et renforce mon adhésion aux objectifs de la COP 21. Mais pas forcément à tous les objectifs du président de la République.
J’ai voté pour E. Macron au second tour de la l'élection présidentielle. J'ai certes voté contre le Front National, mais j'ai aussi fait un pari, celui qu'il saurait tenir compte des aspirations contradictoires de la société. Élu avec seulement 43,6% des inscrits sur les listes électorales, n'ayant donc pas obtenu la majorité absolue en voix de la part des électeurs, il devait à mon sens être à l'écoute de tous. A travers les symboles, et les actes, E. Macron donne une direction à son action qui relève un peu trop de l'hémiplégie droite. Je le regrette.
En déclarant le 8 septembre dernier qu'il ne céderait ni aux "fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes" qui s'opposaient à sa réforme du Code du Travail, Emmanuel Macron contribuait a alimenter son récit présidentiel fondé sur l'individualisme, la célébration de la réussite et le patriotisme cocardier.
Comment doit-je comprendre la gestuelle du président de la République posant la main sur le cœur au moment de l'hymne national après son élection, faisant d'un symbole etats-uniens une référence française à la mode, alors que la tradition française n'est pas celle-là? Comment doit-on interpréter le fait que Laura Flessel, ministre des sports, veuille faire chanter la Marseillaise pour les «compétitions relevant de championnats de France», donc à tous les niveaux des championnats des fédérations sportives, ce qui va au-delà de l'hymne national en cas de victoire lors seulement d'une compétition de haut niveau? Je ne crois pas que de vouloir remplacer les débats de fond et l'action de long terme par des symboles qui sont de l'ordre du gadget pour une démocratie, soit une heureuse idée.
Emmanuel Macron essaie de gommer des clivages historiques fondés sur des relations sociales, tels que la gauche et la droite, pour les remplacer par "l'ancien monde" et ses conservatismes pétris de rentes diverses, et le "nouveau monde" forcément progressiste, gouteux de prises de risques et d'aventures financières, tel Christophe Colomb. On est ainsi dans une forme de dégagisme différent de celui du Front National ou de la France Insoumise, mais dégagisme quand même qui vise à remplacer une partie de la classe politique par une clientèle idéologiquement plus proche. Pour ma part plutôt que d’opposer ces deux mondes, je sais qu’il existe des France diverses, faites de tradition, mais aussi d’effervescences et, plutôt que de les opposer, je crois nécessaire de les faire vivre et avancer ensemble, dans le respect mutuel.
Ce dégagisme macronien vise aussi à disqualifier ceux qui ne travaillent pas assez, qui ne produisent pas assez de richesses, qui font appel à la solidarité nationale. Ceux-là ne seraient pas assez méritants parce que fainéants au sens social du terme. Ce discours est en soi assez détestable mais pris au premier degré, cela donne la déclaration du député En marche Damien Adam, jusqu'il y a peu chef de produit marketing au Crédit Agricole : "Quand vous êtes salarié et que vous voyez certaines personnes qui partent en vacances aux Bahamas grâce à l’assurance chômage, il est légitime de se dire que ce système marche sur la tête". Sérieux ce parlementaire qui dit tout haut ce que les hauts fonctionnaires de Bercy pensent tout bas. Sauf qu'il y a quand même des bémols.
Une partie de la droite voire de la gauche, ancien et nouveau monde réunis - on se rappelle les déclarations de Wauquiez recyclant les propos du candidat Sarkozy de 2011/2012 sur l'assistanat- ont tendance à penser que les chômeurs coutent cher à la société. Et c'est vrai que cela coute. Quelle en serait la raison? Les chômeurs profiteraient de l'état providence en empochant des allocations sans se soucier de trouver du travail. donc la solution est toute trouvée, à la façon de Reagan, de Thatcher et leurs successeurs, on cherche à développer l'emploi en explosant les cadres sociaux protecteurs pour les salariés: ça donne une grande précarité, une explosion des travailleurs pauvres, et des millions de Daniel Blake (film de Ken Loach). Or renégocier le contrat social national, ce n'est pas le jeter aux orties. Pour justifier ces orientations, et comme le système était fortement décrié, Pôle Emploi a généralisé il y a deux ans le contrôle de la recherche d'emploi partout en France en dédiant 215 agent à cette tâche. Que nous disent les premières études issus de ces contrôles publiées il y a quelques jours? De novembre 2015 à aout 2017, sur environ 269 000 chômeurs étudiés, 86% d'entre eux prospectaient activement pour trouver un travail. Et que la majorité des 14% restant, souvent démotivés, souhaitaient réellement travailler, qu'une partie importante est restée inscrite ou s'est réinscrite en cas de radiation alors qu'ils ne touchaient pas d'indemnité chômage leur permettant d'aller aux Baléares. endroit que semble bien connaitre M Adam où il y rencontre visiblement des milliers de chômeurs français. Par contre il n'y rencontre pas les fraudeurs fiscaux.
Car s'il y a des fraudeurs aux Bahamas, ce ne sont pas les chômeurs mais les délinquants en col blanc. Mais aussi dans des tas d'autres paradis fiscaux dont plusieurs inclus dans l'union européenne. les Paradise Papers nous apprennent qu'à l'échelle mondiale, plus de 40% des profits réalisés par les multinationales sont délocalisées artificiellement dans les paradis fiscaux, et 8% de la richesse financière des particuliers y est dissimulée. Avec à la clé un manque à gagner pour les Etats qui dépassent 350 milliards d'Euros par an, dont 120 milliards pour l'union européenne et 20 milliards pour la France (chiffre qui exclut les autres formes d'évasion fiscale purement hexagonales telles que le travail non déclaré, la fraude des indépendants, la fraude à la TVA, et la fraude sociale, le tout pour environ 60 milliards). Et je ne cesse d'être surpris entre le montant de la fraude fiscale révélée et le déficit du budget général de l’État (74,7Mds d'euros) en 2017.
Alors que l'Europe a perdu 52 000 contrôleurs fiscaux depuis la crise financière de 2008, on a connu les LuxLeaks en 2014, SwissLeaks en 2015, et les Panama Papers en 2016. Si l'on peut se féliciter de l'accélération de révélation et d'informations produites par les consortium internationaux de média, il demeure que la finance mondialisée est très organisée face à des états impuissants et frileux qui se font mener en bateau à travers divers traités internationaux (TAFTA et CETA) et les Paradises Papers ne sont probablement qu'une partie de l'iceberg. On est dans un vrai système de dépouillement de richesses, d'emplois, qui mettent en péril les écosystèmes humains et naturels, contribuant par-dessus le marché au dérèglement climatique.
Si l'on compare les ordonnances prises et les textes votés par l'assemblée nationale aux sommes pharaoniques des Paradise Papers, je ne comprends pas bien du coup la politique du président de la République qui face à ces chiffres astronomiques veut soutenir les "premiers de cordée" en imposant moins les riches (ceux qui gagnent plus de 10 000€ par mois) pour qu'ils investissent dans les entreprises, ce qui est un pari très aléatoire et veut compenser les pertes de recettes par des fiscalités autrement réparties au détriment de ceux qui gagnent moins de 1500 € par mois, retraités compris (PEL, énergie, APL, emplois aidés); qui développe ce qu'on appelle la théorie du ruissellement, terme que je viens de découvrir, qui est sous-tendue par l'idée qu'il faut creuser les inégalités pour créer la croissance. Sauf que cette politique va entraîner une recrudescence de la baisse des dépenses, et donc à nouveau un ralentissement économique lié à une baisse des investissements.
Pourtant des investissements, la France en a besoin pour sortir du modèle économique actuel qui est un contresens au regard des engagements de la COP 21. Pour mémoire, il s'agit de limiter la hausse de la température de la planète (le réchauffement climatique) bien en deçà de 2°C ce qui semble d'ores et déjà mal parti , en réduisant les émission de gaz à effet de serre à horizon 2025-2030. On commence à percevoir, avec des événements climatiques répétés et de plus en plus extrêmes (où cela s'arrêtera-t-il?) tels que les sécheresses et incendies, les tornades et inondations, la lente montée des eaux, l'érosion des côtes et la disparitions d'iles du pacifique, que des processus sont en œuvre, et que les états ont besoin des dizaines milliards détournés dans les paradis fiscaux pour prendre à bras le corps les investissements liés aux transformations écologiques. Il y a urgence à agir et faire évoluer notre système énergétique par l'amélioration de l'isolation thermique des bâtiments, par le développement des énergies renouvelables, par la transformation des modèles de mobilité intégrant non seulement les modes alternatifs à la voiture, mais l'industrialisation de voitures électriques ou au gaz renouvelable, par le développement de l'économie circulaire mais surtout par la production de biens de consommation durables qui ne soient pas jetables au bout de 3, 5 ou 10 ans, par l'arrêt des pollutions des terres cultivables et des rivières. Tout ceci permettrait de créer des centaines de milliers d'emplois et d’engager une véritable transition énergétique, de réduire les problèmes de santé souvent dus aux mauvaises pratiques environnementales dans les villes et les campagnes. Concernant les énergies renouvelables (biomasse solide, éolien, photovoltaïque, biogaz, hydraulique, géothermie, solaire thermique, énergies marines), celles -ci doivent venir en remplacement des énergie fossiles ou nucléaires qui posent de grandes questions sur les GES et sur la préservation d'écosystèmes indispensables aux équilibres planétaires (recherche de pétrole dans l'Arctique et l'Antarctique, déforestation de l'amazonie, développement des gaz de schistes, sécurité et risques liés aux centrales nucléaires).
J'ai été ébranlé par Nicolas Hulot quand il a annoncé le glissement dans le temps de l’objectif de réduction à 50 % du nucléaire dans la production d’électricité en 2025, inscrit pourtant dans la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte d’août 2015. J'ai même été en colère du fait qu'il n'a pas fixé de trajectoire lisible. Et puis, je me suis dit que si cet objectif était repoussé, il n’était pas abandonné. Il reste donc, parce que l’enjeu est énorme car il s’agit réellement de réaliser l’indispensable mix énergétique pour sortir progressivement du nucléaire, de définir une feuille de route dans le temps et dans les financements, ce qui implique une mobilisation de l’ensemble du gouvernement contre les lobbies qui ne résonnent qu’à court terme pour annoncer aux français dans les tout prochains moins un véritable calendrier de mise en œuvre et les budgets afférents. Il faut que l'intention politique se traduise dans la loi, mais que la loi soit appliquée. Sinon à quoi sert-elle?
Je fais partie de ceux qui ont fait confiance à Nicolas Hulot, après son choix de participer à un gouvernent pourtant hostile dans sa majorité à la transition écologique. Je me refuse à le discréditer parce qu'il vient de perdre plusieurs arbitrages gouvernementaux face aux lobbies puissants d'EDF, d'AREVA, des grands corps de l’État. mais il doit réaffirmer les orientations stratégiques relatifs à la baisse du nucléaire et à l'augmentation des énergies renouvelables. Aussi il s'agit de mieux se mobiliser, ensemble, pour gagner les prochaines batailles. On peut certes lister ses échecs, mais je ne perds pas de vue qu'en quelques mois, il a réussi à engager gouvernement et le parlement (lui aussi majoritairement anti-écolo) sur le plan climat, à acter la fin des ventes de voitures essence et diesel d’ici 2040, et la neutralité carbone à échéance 2040 en cessant la production d’hydrocarbures en France, en relevant la barre pour l’interdiction du glyphosate. La réussite de Nicolas Hulot accompagnant la réorientation des investissements industriels est de notre responsabilité collective parce qu'il est en quelque sorte le garant du succès de la transition écologique, transition qui est une belle ambition de la France, sans doute la principale. Parce qu’il n’existe pas de planète B.