Le conflit entre l'Etat espagnol et les autorités catalanes (la Catalogne est une région autonome de 7,5 millions d'habitants dans un pays de 46 millions d'habitants) fait beaucoup causer, polémiquer, et on s'aperçoit que l'on maitrise peu les clés des histoires de ces deux espaces.
Il y a une question institutionnelle qui se développe dans les médias français. J'ai lu comme argument, pour récuser la légitimité du parlement catalan, que lors des dernières élections "régionales " (autonomiques), les indépendantistes avaient été minoritaires en voix. Il n'y a eu une majorité à l'assemblée que par le jeu du mode de scrutin et l'alliance avec l'extrême gauche de la CUP.
M'est revenu un souvenir pas si lointain. E. Macron a gagné au second tour de l'élection présidentielle contre M. Le Pen avec 66,1% des votants. Mais, car il y a un mais, et c'était vrai pour les précédents présidents dans des proportions différentes, seuls 44% des inscrits on voté Macron (et je ne n'évoque même pas le mode de scrutin des élections législatives). Alors pourquoi ce qui serait valable de ce côté des Pyrénées ne le serait pas au-delà?
Le retour des nationalismes en Europe, le plaidoyer anti-européen des souverainistes de tous bords remet à l’ordre du jour le thème de l’état-nation, dont la généralisation a été le principe fondamental des traités de 1919-1920 consécutifs à la 1ere guerre mondiale et aussi l’un des facteurs essentiels des conflits qui ont provoqué , vingt ans plus tard, la 2ème guerre mondiale.Alors Pourquoi aujourd’hui, tant de remises en cause surgissent-elles au sein de vieux pays constitués? Parce que les actuels états-nations sont des constructions historiquement aussi artificielles que la volonté de les associer au sein de l'Union européenne.
On assiste ainsi depuis de nombreuses années à divers mouvements que les responsables cherchent à maitriser et à juguler.
Ainsi l'éclatement de la Belgique entre wallons et flamands sans qu'il n'y ait de nation belge. Seul un état commun maintient un semblant de cohésion.
On a vu également peu avant le Brexit anglais un régionalisme écossais se différencier du reste du royaume uni pour tendre vers un statut autonome. Le parlement semi-autonome écossais est dominé par le Scottish National Party, qui loin d'être nationaliste au sens du FN, est, très pro-européens (près des 2/3 des écossais ont voté par referendum pour le maintien au sein de l'UE) .
Le 1er janvier 1993, deux nouveaux Etats – la République tchèque (10 millions d'habitants) et la République slovaque (5 millions d'habitants), étaient issus de la dissolution de la Tchécoslovaquie et de ses 15 millions d'habitants, 10 ans à peine avant leur adhésion à l'UE. Rappelons que l'Autriche a 9 millions d'habitants. La Lituanie (2,8millions), l'Estonie (1,3 million d'habitants) et la Lettonie (2 millions). L'Europe n'est donc pas liée à la taille des états qui la compose.
Les leaders européens ont affirmé leur solidarité, discrète mais certaine, avec le gouvernement espagnol. Car la question catalane fait ressurgir des débats anciens qui sont retombés après le traité avorté de Maastricht, qui n'étaient que théoriques, et qui deviennent sous les feux de l'actualité des travaux pratiques.
Depuis un vingtaine d'année, des débats ont eu lieu entre les tenants d'une Europe des états-nations (c'est le modèle actuel) qui organise la coopération entre des états plus ou moins nationaux gardant leurs prérogatives historiques et les tenants d'une Europe fédérale (les Etats-Unis d'Europe) constituée de grandes régions au sein d'un grand Etat européen.
Le président de la République a évoqué récemment son intérêt en faveur de la notion de souveraineté européenne, mais sans en préciser les contours ni en limiter d'éventuelles compétences nouvelles.
Or, pour construire une Europe à laquelle les peuples adhèrent (ceux d'états-nation, ceux de régions européennes) , la question de la démocratie interne est une question clé, mais aussi celles de la préservation de l'environnement et des droits sociaux et pas seulement de la circulation des capitaux.
Ce qui est peu démocratique dans l'UE c'est son confédéralisme qui fait la part trop belle aux Etats membres et qui empêche l'intérêt commun et général européen de prévaloir sur les calculs de chaque "souveraineté". En réalité, l'UE est devenue autant incapable que les états de gérer les différents niveaux d'inégalités régionales dans l'espace des frontières. l'Europe des états-nations a atteint certaines de ses limites. Si l'UE (et avant elle la CEE) a mené dans la seconde partie du 20eme siècle une politique de fonds structurels bien plus efficace que ce que menaient les Etats Nation sur leur propre territoire, ce n'est plus le cas depuis les années 80-90; car il faut un budget beaucoup plus important pour doter l'Europe d'une politique budgétaires conséquente ( politiques industrielle, de recherche, sociale, environnementale). Il faut en finir avec son budget de 1% du PIB et en arriver à un budget de 10 à 20 % du PIB. Or cela est incompatible avec la ponction fiscale "nationale". Il faut donc faire croitre l'importance des régions et parallèlement de l'état européen et réduire celui de l'Etat Nation.
C'est en réfléchissant à toutes ces questions que l'on peut s'interroger calmement sur ce qui se passe en ce moment en Catalogne, et anticiper sur ce qui pourrait advenir ailleurs. Et se préparer à faire de l'Union Européenne un cadre souverain pour des région inscrites dans un espaces unique, démocratique. Bref, revendiquer des régions européennes dans le cadre d'une souveraineté européenne.