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17 août 2019 6 17 /08 /août /2019 19:11

Capacité d’autosaisine, budget propre, mandats irrévocables… Autant de prérogatives qui font défaut à l’IGPN, selon le sociologue Sebastian Roché, qui pointe l’enjeu du contrôle des policiers lors des mobilisations des gilets jaunes et de l’affaire Steve Caniço à Nantes.

Jamais, la police n’avait été exposée à ce point au regard de la société sur son usage de la force. Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, mais aussi plus récemment avec l’affaire Steve Caniço à Nantes, la violence des fonctionnaires est largement documentée. Avec, naturellement, un débat autour du contrôle de l’action de la police - aujourd’hui cible de nombreuses critiques. Directeur de recherche au CNRS et auteur de De la police en démocratie (Grasset), le sociologue Sebastian Roché estime que la police est face à une crise de légitimité historique.

La violence utilisée ces derniers mois par les forces de l’ordre renforce-t-elle l’exigence démocratique du contrôle de la police ?

Oui, c’est un tournant, car on a pu voir en direct, et comme jamais auparavant, l’exercice de la violence policière. C’est un moyen banal de l’exercice de l’Etat, mais la plupart du temps, il est décrit avec un vocabulaire juridique qui a pour effet de l’euphémiser. Là, ce qu’on voit, ce sont des gilets jaunes qui ont la main arrachée par une grenade, un œil crevé par un tir de balle en caoutchouc, ou des scènes d’humiliation où des adolescents sont mis à genoux avec des propos dévalorisants. On voit concrètement à quoi correspondent les termes juridiques comme «usage légitime de la force», employés par les gouvernants pour décrire cela. Les nombreux témoignages vidéo éclairent d’une autre manière l’exercice de la violence d’Etat, et ont plus de force de conviction que des récits oraux. Cela permet de se faire une idée par soi-même de l’action de la police. Ce n’était jamais arrivé en France à cette échelle. Une partie de la population, des journalistes, des avocats, des universitaires estiment que c’est illégitime. La défiance vis-à-vis de la police est alimentée par sa violence, mais aussi parce que de tels actes sont présentés comme légaux.

Selon l’enquête administrative de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) relative à l’affaire Steve Caniço, il est possible de riposter à des jets de projectiles en tirant plus de 30 grenades lacrymogènes, une dizaine de grenades de désencerclement et autant de balles de LBD, sur une foule de fêtards, au bord d’un fleuve, la nuit…

C’est le choc entre la légalité et la légitimité, entre le pays légal et le pays réel. Le principal objet des enquêtes administratives de l’IGPN est de voir si l’on peut mettre en cause les fonctionnaires, mais pas de s’interroger sur comment il est possible d’en arriver là ? Le gouvernement est dans la protection du ministre de l’Intérieur. Le résultat est qu’il n’y a jamais eu une discussion publique aussi forte sur l’usage de la force et sur la réalité de la capacité des autorités à la réguler. Ce ne sont plus juste les opérations de police qui sont sous pression, mais aussi la crédibilité du contrôle de la police. Edouard Philippe s’est appuyé sur ce rapport technique pour établir une position politique selon laquelle n’y a pas de lien entre l’intervention de police et la mort de Steve Caniço. On change complètement de braquet. C’est ça qui a attisé le débat sur la légitimité de l’IGPN. Il est possible de faire un parallèle avec les émeutes de Los Angeles de 1992, qui n’avaient pas été déclenchées par la violence des policiers qui frappaient au sol un citoyen sans défense, mais par la décision de justice qui déclarait leurs actes conformes à la loi.

Pourquoi le contrôle de l’usage de la violence par la police est-il un élément essentiel dans un Etat de droit ?

La police est l’administration dotée de la plus grande capacité à menacer les droits fondamentaux. Elle peut limiter le droit d’aller et venir, écouter les communications, blesser et même tuer. Les pays démocratiques n’ont pas supprimé la possibilité de ces pratiques, mais ils les ont encadrées par la loi. La démocratie est réelle seulement si la police n’échappe pas au contrôle et n’agit pas pour faire plaisir au souverain. La distinction entre dictature et démocratie ne tient pas seulement au niveau de violence de la police, mais aussi à la réalité du contrôle de ses actions. C’est l’enjeu du débat actuel. Au XIXe siècle, quand Max Weber parle de la revendication du monopole de la violence légitime par l’Etat, la police n’est jamais mentionnée car elle est embryonnaire : c’est de l’armée et de la justice dont il parle. Les théoriciens de l’Etat ne s’inquiètent pas du tout de la police, qui est à l’époque tout à fait secondaire. Mais ce type d’administration armée a pris des dimensions énormes avec le temps. Tous les pays ont désormais des appareils policiers très importants. Ce qui fait la différence, ce sont donc les mécanismes qui permettent de garantir les droits fondamentaux : une bonne police est avant tout une police qui ne tue pas et ne blesse pas, pas une police qui tue et blesse légalement. Bien sûr, la police va toujours faire usage d’armes, de la force, mais ce qui va qualifier son caractère démocratique, c’est le contrôle. C’est la clé démocratique.

La directrice de l’IGPN a justement expliqué que de nombreuses enquêtes de son service liées aux gilets jaunes risquent de ne pas aboutir faute d’avoir pu identifier les policiers auteurs de tirs…

Il est essentiel de pouvoir rechercher la responsabilité individuelle de tout agent, du plus modeste au plus haut placé. Si ce n’est pas possible, on ne peut pas contrôler la police. Dans les pays moins démocratiques, il y a des mécanismes légaux qui empêchent ça : il faut par exemple une autorisation administrative de la direction de la police pour permettre des poursuites judiciaires. En France, il existe manifestement des transgressions des policiers sur le port de leur numéro de matricule. On constate également qu’ils se masquent de plus en plus le visage. Et la hiérarchie laisse faire. Il est anormal que l’IGPN se contente de déclarer ne pas pouvoir identifier les policiers. Elle devrait se demander comment mieux y parvenir. Pourquoi n’y a-t-il pas de proposition pour modifier la taille des numéros de matricule en maintien de l’ordre pour qu’ils soient toujours visibles ? Ou pour que chaque munition soit marquée pour permettre sa traçabilité ? Il y a des solutions pour garantir la responsabilité individuelle des agents, mais les rechercher a un coût politique et syndical.

Face à ça, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, s’en tient à une position de déni…

On en revient à la problématique de l’indépendance : si l’IGPN aligne sa communication sur celle du ministre, en disant par exemple que les violences policières n’existent pas, cela montre que l’IGPN ne peut pas dire le contraire. En Belgique, le «Comité P», qui contrôle les polices, dit clairement que les violences policières sont un problème qu’il faut traiter. Pourquoi ne veut-on pas reconnaître cette terminologie en France ? Seules des autorités indépendantes sont capables de faire des diagnostics qui vont toucher au vif, quitte à contredire l’exécutif. C’est ce qu’il nous manque.

Pourquoi, selon vous, Brigitte Jullien, la directrice de l’IGPN, ne peut-elle pas se targuer d’être indépendante ?

La liste des raisons est longue. L’IGPN n’a pas de budget indépendant, ne décide pas seule des recrutements. Brigitte Jullien est nommée par le ministre de l’Intérieur et révocable à tout moment. Sa prime d’activité mensuelle est décidée par son autorité hiérarchique. Les carrières de ses agents dépendent du ministère de l’Intérieur. En outre, elle ne peut pas s’autosaisir, elle ne peut pas contrôler sa communication externe. Brigitte Jullien défend donc une position intenable. Mais il ne faut pas confondre la question de l’indépendance et celle du professionnalisme. L’IGPN a des agents compétents. C’est un atout d’avoir des policiers pour enquêter. D’ailleurs, c’est pour ça que l’IOPC, l’organe indépendant de contrôle anglais, engage d’anciens policiers qui connaissent le fonctionnement du corps mais qui n’ont plus de lien fonctionnel avec la direction d’une force de police. Et ce, d’autant que le professionnalisme est un des piliers de l’impartialité, mais qu’il ne suffit pas. Il manque une diversité de points de vue, avoir des policiers qui enquêtent sur des policiers n’est pas satisfaisant. C’est flagrant pour les violences policières. Pour les policiers corrompus, le problème est différent : car il s’agit d’agents qui agissent contre leur administration. Là où le mécanisme qui garantit l’impartialité est réellement insuffisant, c’est lorsqu’un tiers est impliqué, quand le policier est face à des citoyens, et que l’IGPN doit déterminer quelles sont les responsabilités du citoyen et du policier. Les agents, du fait de leur culture, et par solidarité professionnelle, ont ce qu’on appelle une «identité sociale». Ce qui engendre des biais cognitifs, souvent inconscients, qui affectent nécessairement le jugement.

L’action de la police est-elle pour autant perçue comme illégitime en France ? Les études d’opinion reflètent-elles fidèlement le lien de confiance qu’entretient la population avec sa police ?

Les Etats les plus avancés en Europe sont les pays nordiques, où la police est rattachée au ministère de la Justice. Ces gouvernements imposent de rechercher la confiance de la population. Ces pays ont compris que la police fonctionne si elle est légitime, pas seulement si elle arrive à trouver des justifications légales à son action. La légitimité vient de la population, tandis que la légalité est définie par la loi. En France, en matière de police, les sondages publiés par la presse sont insuffisants. Pour évaluer la confiance, encore faut-il la définir. Si on se contente de demander «Avez-vous confiance ?», cela ne suffit pas pour bien la jauger. Et puis la police n’est pas un parti politique. Elle ne peut se contenter d’avoir 50 % des suffrages plus un. En réalité, obtenir 60 % d’opinion favorables, c’est très faible : imaginez que 40 % d’une ville trouve la police illégitime, c’est ingérable. Enfin, les personnes qui ont un avis très positif de la police sont celles qui n’y sont jamais confrontées et qui n’ont jamais eu besoin d’utiliser ses services.

Plusieurs institutions internationales se sont inquiétées de la situation en France. Cette remise en cause de l’action de la police est-elle inédite ?

Amnesty International fait des rapports réguliers, mais ce qui est nouveau, c’est qu’il y a un ensemble d’organisations de défense des droits de l’homme, nationales et internationales, qui se sont exprimées. Cela devrait alerter lorsque Michelle Bachelet, la haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU et ancienne opposante à la dictature de Pinochet au Chili, tient de tels propos sur la France [«Nous demandons urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force», a-t-elle déclaré le 6 mars à Genève, ndlr]. Elle a l’expérience de la répression politique et a un prestige national et international considérable. Ce n’est pas quelqu’un qui fait des déclarations précipitées. Ce qui est frappant, c’est la capacité de la police française à ne pas changer en période de crise. En 2005, après les émeutes les plus importantes que la France ait connues, il n’y a pas eu de commission d’enquête parlementaire. Et là, après des mois de mouvement des gilets jaunes, on n’a pas de confirmation d’une commission d’enquête. De même, il n’a pas non plus été confié à une personnalité indépendante une mission d’analyse des événements. Rien non plus quant à une réflexion pluraliste sur le maintien de l’ordre. La police arrive à surnager dans les crises qu’elle traverse, mais cet immobilisme lui nuit. Cette fois, il y a un fait nouveau, la masse des preuves vidéo. Et plutôt que réformer le système, on peut redouter que la solution adoptée soit simplement de changer de ministre de l’Intérieur.

Ismaël Halissat

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6 août 2019 2 06 /08 /août /2019 16:34

Les peuples veulent voter, qu'on respecte les Droits humains et ceux des minorités. La preuve par Hong Kong, mais aussi Alger, Khartoum, Moscou...

La situation à Hong Kong semble échapper à tout contrôle avec des scènes d'émeutes urbaines et une grève générale inédite dans l'histoire du pays, des affrontements très violents entre manifestants et forces de l'ordre mais surtout, ce qui est dangereux et assez nouveau : des agents provocateurs dont on peut soupçonner qu'ils sont à la solde de Pékin.

Il s'agit de quoi ? De civils armés qui, tout à coup s'en prennent aux manifestants ; de conducteurs de voitures de ville qui, tout à coup, foncent sur les rassemblements – il y en a eu deux rien que dans la journée d'hier.

Or c'est une méthode bien connue, en Amérique latine notamment : des « miliciens » armées se mêlent aux policiers pour « casser » de l'opposant. Une méthode qui a été perfectionnée à Moscou, où l'on a retiré leurs uniformes à des militaires réguliers. Pour les rhabiller en « petits hommes verts » ou en « miliciens pro-russe » dans le Dondass ukrainien ou en Crimée. L'idée est toujours la même : susciter le chaos au sein des opposants et des armées régulières en les poussant à se méfier de tout et de tous, badgés ou non.

Les manifestants de Hong Kong n'ont pas été dupes de ces méthodes...

Laissez-moi d'abord vous dire toute l'admiration que j'éprouve pour cette belle jeunesse honkongaise, rapidement rejointe par l'ensemble de la population de l'ancienne enclave britannique. Une population qui résiste, encore et toujours, à un régime orwélien.

Partout, on essaie de nous faire croire que la démocratie et les Droits de l'homme seraient relatifs. C'est faux et la révolte démocratique hongkongaise le démontre tous les jours dans la rue. Comme à Alger, à Khartoum ou même à Moscou :

Les peuples veulent voter et que l'on respectent les droits humains et ceux des minorités, ils se regardent et s'inspirent les uns des autres. Cela fait une dizaine de semaines que les Hongkongais manifestent sans interruption, comme les Algériens avant eux ou les Soudanais.

Il y a tout de même quelque chose de très spécifique à Hong Kong : la modernité technique ! Les jeunes hongkongais utilisent des lasers pour aveugler les policiers chinois qui tentent de les photographier.

Ils ont organisé des « commandos » spécialisés contre les bombes lacrymogènes, d'autres pour évacuer les blessés, ils multiplient les vêtements les équipements bigarrés pour étourdir d'informations les forces de l'ordre. Ils sont déterminés et organisés.

Qu'ont-ils à y gagner ?

Ils peuvent faire mieux : faire perdre la face au régime chinois. Il faut comprendre que la Chine n'est pas un empire tranquille. Lorsqu'on regarde de près, il est perclus de manifestations et de grèves : des dizaines de milliers par an dans tout le pays.

Mais à Hong Kong, se joue plus grave. Hong Kong c'est le cœur financier de la Chine, pour les « princes rouges » comme pour les Occidentaux qui veulent y investir. En brisant cette image de stabilité, les manifestants font un mal de chien à Pékin.

Ils mettent le régime devant une équation impossible : soit intervenir militairement et ruiner pour longtemps leur image – à la façon de Tiananmen – soit temporiser est passer pour faible : un horreur pour un régime impérial et martial. En cela, les magnifiques manifestations de Hong Kong ont déjà remporté la partie !

 

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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 23:16

J'ai voulu revenir ce matin sur le massacre d'El Paso, au Texas qui a été officiellement qualifié de « terrorisme intérieur » par le procureur fédéral du Texas. Car il s'agit bien de cela : d'un terrorisme d'extrême-droite, ou comme le précise le New York Times ce matin : d'un "problème nationaliste blanc américain".

Un terrorisme qui, soyons précis, a fait en 2019 et en Occident, beaucoup plus de morts que son alter-égo mortifère, l'islamisme radical. Or, comme l'islamisme radical, ce terrorisme d'extrême-droite est fortement idéologisé, au travers notamment d'internet.

Comme les islamistes radicaux, ces néo-nazis, nationalistes radicaux ou suprémacistes blancs, utilisent une logorrhée nourrie de théories complotistes et d'un texte, bien français, qu'ils ont tous lu : le fameux « Grand remplacement » de Renaud Camus.

Le Grand Remplacement, texte séminal pour ces jeunes radicalisés

Il y parle « d'invasion hispanique du Texas » qui serait en train de « remplacer les blancs américains ». Ce qui est assez comique d'ailleurs lorsqu'on que le Texas a appartenu au Mexique pour l'essentiel de son histoire moderne avant d'être rattaché aux Etats-Unis.

Comme les islamistes radicaux, qui font une allégeance moyenâgeuse à une geste lointaine et idéalisée, l'Etat islamique, le terroriste d'El Paso explique s'être inspiré du massacre de 51 musulmans en mars dernier, à Christchurch en Nouvelle Zélande.

Enfin, comme souvent les djihadistes, l'auteur des 20 morts d'El Paso est un homme jeune, il a 21 ans, fasciné par une idéologie de vieux, le salafisme dans un cas, le suprématisme blanc nourri au lait du ségrégationniste sudiste, dans l'autre.

Une cible soigneusement choisie

Le choix d'El Paso est effectivement un manifeste en soi et la preuve, selon ce terroriste, de ce fameux grand remplacement : la ville est à 80% hispanique. Ce qui est d'une logique implacable puisque qu'elle se situe sur la frontière mexicaine exactement.

Le fameux fleuve Rio Grande sépare en fait non seulement les deux pays mais ces deux villes jumelles que sont El Paso et Cuidad Juárez et son million et demi d'habitants, presque trois fois plus que sa petite sœur étasunienne.

Jusqu'au choix de l'hypermarché Walmart : une destination touristique et commerciale de choix pour les Mexicains lorsqu'ils séjournent à El Paso. Enfin, s'il fallait une preuve de ce choix minutieux de cible, il suffit de s'intéresser à son parcours :

Pour se rendre sur place, il a dû rouler plus de 9h depuis la banlieue de Dallas, où il habite, jusqu'à El Paso. Enfin, il y a une certaine ironie macabre à avoir ouvert le feu dans un Walmart : Walmart c'est le plus gros vendeur d'armes des Etats-Unis !

Un nationalisme radical ancré dans le "nouveau monde" anglo-saxon

Une idéologie nationaliste blanche plutôt qui est profondément ancré dans le « nouveau-monde » anglo-saxon – Etats-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande. Des pays qui n'ont pas souffert des destructions et de l'horreur nazies, où les armes sont souvent disponibles et où le problème migratoire est constitutif de leur histoire.

C'est d'ailleurs dans ces trois pays qu'on retrouve les pires massacres de ces dernières années : contre des Noirs, comme en 2015 à Charleston, contre des Juifs à Pittsburgh en 2011, contre les musulmans à Christchurch en mars et donc contre les Hispaniques hier.

J'ajouterais tout de même que l'Europe est loin d'être épargnée : tous ces suprémacistes et autres néo-nazis sont communément inspirés par Anders Breivik et le massacre en juillet 2011, de 69 jeunes militants travaillistes sur l'île d'Utoya en Norvège.

L'équipe

 

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20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 23:30

Selon la philosophe, l’antisémitisme qui s’est exprimé contre Alain Finkielkraut n’est plus «celui des marges», il est celui de ceux qui refusent les cadres de la République.

Cela ne fait plus mystère et depuis ce week-end sans doute encore moins qu’avant : ceux qui attaquent la République et la démocratie s’en prennent d’abord aux juifs. L’agression dont a été victime samedi le philosophe Alain Finkielkraut et l’injonction qui lui a été faite de retourner «chez lui», «en Palestine», a non seulement confirmé l’existence d’un antisémitisme toléré depuis trop longtemps en France, mais en a révélé le ressort le plus intime, ramassé dans la violence des anathèmes et des postures. Plus encore que la haine et la violence dont celui-ci est porteur, ce qui frappe est le vocabulaire employé. Dans la désignation de l’autre, de l’étranger, dans les mots de celui qu’on exècre et qu’on désigne comme le responsable du mal-être social des catégories susceptibles de se réunir sous le drapeau des gilets jaunes, on retrouve toute l’ambivalence de l’antisémitisme moderne émergé à la fin du XIXe siècle autour de l’affaire Dreyfus.

Là où l’antijudaïsme désignait dans l’ennemi celui qui s’avérait inassimilable, l’étranger par excellence en raison de ses mœurs et de son refus de la conversion au christianisme, l’antisémitisme a substitué l’image d’un juif au contraire si bien intégré qu’il en devient d’autant plus dangereux dans la mesure où il est désormais impossible de l’identifier. L’antisionisme qui s’est développé à partir des années 70, sur l’échec du discours marxiste et tiers-mondiste, a identifié la critique du capitalisme et les attaques proférées à l’encontre des Etats-Unis et de leur allié Israël. La mondialisation servirait un seul et même projet : celui d’un pouvoir mondial instrumentalisé aux mains des juifs. La montée de l’extrême droite et la crise des banlieues y a ajouté le motif, bien connu depuis la fin du XIXe siècle, de la dénonciation des élites et du savoir. Enfin, la théorie du complot réactive depuis le 11 septembre 2001 sous des formes à peine inédites, le Protocole des sages de Sion, faux grossier du début du XXe siècle dont on trouve différentes versions dans l’ensemble des pays européens. Or l’antisémitisme dont on parle ici n’est plus celui des marges ou des banlieues ; il n’est plus celui des mouvements fondamentalistes. Ce que nous avons découvert en boucle sur nos écrans ce week-end c’est cette réalité, désormais effrayante, que l’antisémitisme existe bien plus largement dans la société.

Faut-il s’étonner alors que le mouvement des gilets jaunes y trouve une de ses expressions privilégiées ? Elle illustre l’impuissance où il est aujourd’hui de trouver un nouveau souffle, son refus de se structurer, celui de porter un discours qui s’inscrive dans le cadre d’une République qui - il faut quand même le rappeler -, a amplement démontré depuis 1945 son engagement en faveur de la solidarité sociale. Car, au moment même où Alain Finkielkraut était insulté dans les rues de Paris, Ingrid Levavasseur se trouvait mise au ban du mouvement dont elle avait été à ses débuts la flamboyante porte-parole. Que lui reprochent ceux qui l’ont ainsi exclue ? Sans doute d’avoir voulu inscrire les revendications qu’ils partageaient, il y a quelques semaines à peine, dans un cadre démocratique. De prétendre les porter au-delà des ronds-points dans les urnes, voire jusque dans les travées du Parlement européen. De considérer les institutions comme un lieu légitime et approprié de débats. De décider en fin de compte de mener son action dans un cadre légal. Mais n’est-ce pas le principe de la démocratie et plus encore le fondement des droits de l’homme et du citoyen ? Ceux au nom desquels précisément les juifs accédèrent à l’égalité civile dans la France de la Révolution.

Reconnaître que si chacun est légitime à exprimer son opinion, cette expression doit prendre les formes d’un débat ordonné implique un respect mutuel. Car il existe un droit républicain, tout comme il existe des institutions républicaines. Or c’est cela que les franges les plus violentes des gilets jaunes foulent aux pieds semaine après semaine. Pire encore, ce que révèle leur connivence avec l’antisémitisme, c’est à l’opposé du désir de créer du lien, leur incapacité à le faire. En témoigne l’énoncé des revendications auquel se limitent leurs interventions médiatiques, superposition de récits de vie, dénonçant des injustices personnelles sans jamais songer à s’élever au niveau d’un collectif. En cela, ils sont l’exact reflet des réseaux sociaux, qui annonçaient l’avènement d’une parole accueillante et pluraliste pour donner naissance en réalité à une normativité inconnue jusqu’ici, celle du groupe des pairs, configuré sur l’immédiateté d’affects et sans qu’aucun filtre légal ou moral ne vienne y mettre un frein ou créer une médiation. La parole ne peut se développer dans un espace vierge de toute procédure. Elle doit pour se faire entendre s’organiser, suivre des règles dont le philosophe Jürgen Habermas a montré qu’elles sont la base d’une démocratie procédurale. Ce déni de parole qui anime les plus extrémistes est en réalité un refus de débattre, l’impossibilité dans laquelle ils se placent d’entendre l’autre, d’engager la discussion avec lui.

Quant aux antisémites de tout bord, s’ils trouvent un relais aussi favorable chez les gilets jaunes, c’est qu’eux-mêmes n’ont eu de cesse de refuser tout débat et d’y substituer l’anathème, la dénonciation. Il faut ici revenir à la figure d’Alain Finkielkraut et à ce qu’il symbolise : l’alliance d’un judaïsme et d’un républicanisme qui trouve notamment dans la référence à l’universel les armes contre un nouvel antitotalitarisme, celui qui prétend assigner les juifs, mais aussi bientôt tous les autres, à un essentialisme de mauvais aloi. Un point commun caractérise en effet les détracteurs des juifs sous des drapeaux politiques différents : la référence au juif dans le débat public comme porteur de l’universel. Ne nous y trompons pas. La collusion entre la révolte sociale et l’antisémitisme trouve ici des accents qui s’enracinent directement dans l’histoire politique et intellectuelle française. C’est contre elle qu’il faut défendre la République.

Liberation 18 février 2019 Tribune de Perrine Simon-Nahum Philosophe, directrice de recherches au CNRS, professeure à l’Ecole normale supérieure (ENS).

https://www.liberation.fr/debats/2019/02/18/antisemitisme-au-lieu-de-debattre-ils-preferent-l-anatheme-et-la-denonciation_1710141

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19 janvier 2019 6 19 /01 /janvier /2019 12:24

« Dictature », « violences policières », « guerre », « décapitation »… Les Gilets jaunes convoquent des termes qu'il est urgent de redéfinir.

Les Français le savent-ils tous ? Si leur pays bascule dans le chaos, la radicalité, c'est que tout est permis ailleurs. C'est le quitus rêvé pour les populismes en Occident. Il faut espérer que cela ne se passe pas ainsi. Et, pour espérer, il faut au moins corriger le sens des mots. Ceux de la presse, des médias. À lire les titres et l'usage que l'on fait de la langue, on déchiffre presque un espoir malsain de voir s'écrouler un pays comme pour justifier, rétrospectivement, une titraille.
Quelques mots sont à redéfinir d'urgence pour recouvrer la mesure. « Dictature », d'abord, utilisé à l'intention du macronisme. Certains oublient donc ce qu'est un dictateur. La littérature en a adouci le mystère brutal, le reportage en a fait un « sujet » exotique, les années 1970 étant un souvenir, on en parle aujourd'hui avec une dangereuse négligence. Un dictateur, c'est un homme qui prend le pouvoir à la vie à la mort. Qui tue la moitié de son peuple pour gouverner l'autre moitié agenouillée, qui a des prisons secrètes, une police secrète, une humeur secrète. Il est sanguinaire, fantasque, assassin. Il adore faire du pays une photo de lui-même, il aime la parade et le portrait géant. Le confort étant un abrègement inévitable de la mémoire, on semble avoir oublié ce qu'est un dictateur et on le voit partout, dans la presse et la parade.
« Violences policières ». C'est l'usage que l'on fait de la police pour protéger un dictateur, ses proches, ses biens. C'est synonyme de sang, blessés graves, morts quotidiens, « disparitions » et procès de minuit. C'est loin de définir des heurts entre manifestants et policiers à Paris ou à Bordeaux.

 

Démesures. « Guerre ». C'est un souvenir terrible, une divinité qui boit du sang, pas un jeu de mots. Une guerre tue, par milliers, par millions. C'est la perte de la maison, du sens, de l'humain, du pays, de la dignité. Ce n'est pas un échange de cailloux et de lacrymogènes. Il faut laisser se reposer les morts et la mémoire. Il ne faut pas les convoquer pour habiller ses démesures.

« Résistance ». Ce mot, en France, a une mémoire. Ce n'est pas un sticker jaune qu'on appose sur un bocal, un front ou un gilet. On peut faire de la résistance mais pas se faire passer pour elle.

« Décapitation ». « Monarchie ». « Bastille ». « Roi ». On a suivi dans le reste du monde ce remake faiblard et artificiel de la Révolution française dans la France des intox. Plus proche de la redéfinition de l'Œdipe que de la vraie révolution. Ici, avec ces mots, certains veulent « tuer » le père, épouser la mère et errer, aveugles et coupables.

« Printemps européen ». Ou français. Irrespectueux pour les Égyptiens, Syriens, Tunisiens, Ukrainiens qui sont morts sous les sabots, les avions russes en Syrie ou les tirs des snipers au Caire. Un « printemps » est une chose sérieuse, espérée une vie durant, payée chèrement : c'est se soulever contre un dictateur pour atteindre la liberté et pas seulement la détaxe, la dignité. On y voit de la colère, pas de la haine de l'ordre. On y crie liberté, pas anarchie. On y rêve d'urnes, d'élections propres, de démocratie et de presse indépendante.

« Répression ». Cela arrive de nuit. Vous êtes dans votre maison et on vous arrête - cagoule, menottes, cellule secrète, torture et PV à signer sous la menace de câbles électriques nus. Votre famille ne sait pas où vous êtes et votre vie dépend d'une ONG qui se bat pour vous en Europe. Votre corps devient un délateur contre votre âme, vous perdez vos dents et votre dignité. La fosse sera votre rêve nocturne et, quand vous êtes libre, vous ne pouvez rien saisir de vos mains sans gémir et recompter vos doigts. Cela ne se passe pas ainsi à Paris.

Tout cela pour revenir par des mots sur les mots. Ils sont dangereux. « Gazer » en est un de plus qu'il faut redéfinir avec précaution. Si, en France, on commence à abuser jusqu'au ridicule des mots « dictature » et « répression », que va-t-il nous rester à nous, au Sud, comme mots pour parler de nos sorts ?

par Kamel Daoud

Le Point le 18/01/2019

https://www.lepoint.fr/editos-du-point/sebastien-le-fol/kamel-daoud-ce-qu-est-vraiment-un-dictateur-18-01-2019-2286821_1913.php

 

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7 janvier 2019 1 07 /01 /janvier /2019 07:05

La mobilisation des classes populaires et moyennes est due aux mesures d’austérité, incluant modération salariale et désengagement de l’Etat. La solution : changer de cap en conjuguant défi écologique et question sociale.

Tribune. Les dégâts collatéraux des manifestations initiées par le mouvement des gilets jaunes sont immenses et doivent évidemment être condamnés. Mais cela ne doit pas nous empêcher de comprendre les raisons de la colère, seule façon d’éviter un nouvel épisode «séditieux». Depuis 2008, notre pays a supporté non seulement les conséquences de la plus grave crise financière que nous ayons connue depuis 1929 mais également celles des énormes erreurs de politique économique qui s’en sont ensuivies. En 2011, alors que la France relevait la tête, des politiques d’austérité ont été promues par les institutions internationales, FMI et Commission européenne en tête, qui ont replongé les pays européens dans la stagnation. Alors que la crise s’expliquait par les dysfonctionnements majeurs du capitalisme financier et que les dettes publiques s’étaient accrues pour sauver le système financier, notre modèle social et notre prétendue incapacité à assurer une bonne gestion des finances publiques ont été pris comme boucs émissaires. Partout en Europe, des politiques de désinflation compétitive et de modération salariale ont été mises en œuvre, dans une compétition mortifère d’abaissement des normes. En 2014, en France, une pure politique d’offre, financée par une hausse de la fiscalité sur les ménages et des économies sur la dépense publique, a été menée sans réussir à faire repartir l’emploi. Résultat : une baisse de 440 euros par ménage entre 2008 et 2016, principalement supportées par les classes populaires et moyennes, notamment les familles monoparentales.

Le candidat Macron avait promis une rupture avec la politique antérieure. Il n’en a rien été. Les deux premières mesures prises par le gouvernement ont consisté à alléger les impôts des plus riches pour un montant d’environ 4 milliards, et à modifier profondément les règles organisant les relations de travail, obéissant aux remèdes prescrits par l’OCDE depuis plus de vingt ans : réduire les protections du travail, détricoter le code du travail, ce qui a eu comme première conséquence de décourager ceux qui sont licenciés sans cause réelle et sérieuse d’aller devant les prud’hommes. Un plan de diminution des dépenses publiques a été préparé dans le plus grand secret. Le nouveau monde est encore pire que l’ancien… La colère des classes populaires et moyennes qui s’exprime aujourd’hui est le résultat de vingt ans de politiques néolibérales pendant lesquelles on a voulu nous faire croire aux marchés autorégulateurs et à la culpabilité de notre modèle social. Ce sont avec elles qu’il faut rompre.

Une autre voie est possible : une voie permettant à la fois de s’occuper du péril écologique, dont nous sommes désormais tous conscients, et de la question sociale en profondeur. Que faudrait-il faire ? Relancer au plus vite l’activité de manière sélective – et non pas la croissance qui mélange productions utiles et toxiques –, notamment en investissant massivement dans les mesures permettant d’engager notre pays dans la grande bifurcation nécessaire à la reconstruction de notre économie. Il nous faut investir au moins 20 milliards d’euros dans la rénovation thermique des bâtiments, les énergies renouvelables, l’agroécologie, ce qui nous permettra non seulement de réduire la dépendance de notre pays par rapport à l’extérieur mais devrait aussi être massivement créateur d’emplois. Le gouvernement avait annoncé un plan d’investissement de 57 milliards d’euros sur l’ensemble du quinquennat : non seulement le montant était insuffisant, mais sa mise en œuvre a été repoussée. Nicolas Hulot l’a dit : il aurait fallu accompagner socialement la hausse de la taxation des carburants mais il s’est heurté aux «contraintes budgétaires». Nous devons rompre avec cette orthodoxie : nous devons, au nom des générations futures, consentir pendant quelques années à un investissement massif dans l’avenir, qui devra être sorti du calcul du fameux solde qui ne doit pas dépasser 3 % du PIB. Nous ne proposons pas l’anarchie mais une politique raisonnable consistant à reconnaître que ce dont notre pays a besoin pour éviter la crise écologique ET sociale est une relance massive de l’investissement.

Il faut donc un véritable changement de cap et de politique économique et sociale. A court terme, un moratoire devrait être annoncé sur la taxation du carburant, et ce d’autant plus que les entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre sont, elles, faiblement taxées du fait des dysfonctionnements du marché carbone européen. Un large débat démocratique doit s’ouvrir au plus vite non seulement sur la fiscalité mais également sur les services publics et les mobilités. Profitons de cette grave crise pour engager résolument nos sociétés dans la reconversion écologique et sociale.

Dominique Méda, Éric Heyer et Pascal Lokiec viennent de publier Une autre voie est possible, Flammarion.

Dominique Méda professeure d'université Paris-Dauphine , Pascal Lokiec professeur de droit à Paris-I Panthéon-Sorbonne , Eric Heyer Directeur-adjoint à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)

Liberation 3 décembre 2018

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6 janvier 2019 7 06 /01 /janvier /2019 23:32

Après plus de 7 semaines de manifestations les gilets jaunes restent en haut de l’affiche, même si le soutien de l’opinion publique est passé de 84% en novembre à 55% ce week-end, ce qui reste considérable. Les images violentes vues sur les écrans et les réseaux sociaux y sont certainement pour quelque chose, ainsi que les propos racistes, antisémites et homophobes d’une minorité d’individus parmi eux. Les gilets jaunes devraient publiquement faire le ménage entre eux, tout en préservant leur diversité bien légitime.

Là où les revendications étaient fondées sur l’injustice fiscale dont la taxe carbone a été le déclencheur, elles tournent désormais autour de la justice sociale et du pouvoir d’achat, bizarrement sans que les gilets jaunes s’en prennent au MEDEF et au patronat ; et sans pour autant reprendre en compte les enjeux des crises environnementales et climatiques.

Ces revendications  mettent aussi en cause nos institutions et leurs représentants.. En soi le débat sur les institutions est tout à fait légitime, mais ce n’est pas en saccageant les permanences des parlementaires ou en prenant d’assaut des bâtiments publics que cela fait progresser les choses. Il est vrai que les pouvoirs publics ont depuis des décennies laissé la FNSEA saccager des dizaines de préfectures sans poursuivre quiconque, et que ses dirigeant sont même devenus ministres. Est-ce normal ? Pas vraiment Pire, depuis 1934, le souhait répété d’atteindre l’assemblée nationale, ou encore l’Elysée a une vieille connotation putschiste qui laisse penser qu’une minorité de gilets jaunes veulent clairement renverser la démocratie, aussi imparfaite soit-elle. Cela nest pas acceptable

Les violences, dans une société moderne, ne sont pas tolérables d’où qu’elles viennent, celles de certains gilets jaunes tout comme celles de certains membres des forces de l’ordre.

L’absence d’instauration de dialogue et de jusqu’auboutisme de part et d’autre – que ce soient les gilets jaunes qui veulent la démission de Macron – ou du gouvernement – qui mise sur l’essoufflement du mouvement, n’aide pas à la résolution du conflit.

Le gouvernement doit trouver le moyen de signifier l’apaisement et la fin des violences policières délibérées qui doivent être sanctionnées (et pas les actes défensifs des forces de l’ordre face à des énergumènes extrémistes dans leurs actes qui doivent être déférés devant la justice).

Ici où là on entend, on lit que nous sommes en dictature. Notamment certains responsables politiques ne s’en lassent pas. Que ceux qui tiennent de tels propos aillent en Russie, en Chine, en Egypte, au Vénézuela voire aux Etats-Unis. Qu’ils manifestent comme ils le font en France, et qu’ils viennent nous raconter comment cela se passe s’ils ne sont pas emprisonnés ou tués.

La majorité des gilets jaunes ne peut être confondue avec sa minorité violente et extrémiste, les manifestations de ce jour des femmes gilets jaunes l’ont montré clairement. Toutefois, ce mouvement est voué à l’échec s’il ne s’approprie pas les enjeux de la transition écologique et des mesures qui doivent l’accompagner telles les solutions alternatives aux énergies fossiles et nucléaires .

C’est sans doute utile de lancer un grand débat national et que la Commission Nationale du Débat Public, présidée par Chantal Jouanno, l’anime si possible de manière indépendante, mais ce n’est pas suffisant.  Le gouvernement doit revenir sur sa méthode de ne pas reconnaître les corps intermédiaires, en particuliers les syndicats et les grandes associations, qu’il négocie avec eux, qu’il trouve les bons compromis et que le Président Macron cesse de faire référence, comme lors de ses vœux du 31 décembre, au conservatisme social et à la méritocratie libérale.  

Les gilets jaunes ne sont pas le peuple, mais une fraction de la nation. Pour faire bouger les lignes ils doivent s’allier avec les autres composantes de notre pays, associatives, syndicales et politiques, pour bâtir un nouveau pacte social et écologique – les 2 sont intimement liés – dans le cadre de négociations, de compromis au cœur desquels se trouveront la démocratie et la citoyenneté.

Les outils sont à inventer, mais dans le dialogue, pas dans le rapport de force permanent, ni de la part des gilets jaunes, ni de la part du gouvernement.  

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30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 18:37

Donc les gilets jaunes ont commencé à protester partir de la fiscalite (taxe sur l'essence) thèmes de prédilection de la droite (baisser les impots, mettre fin à l'assistanat et réduire les services publics). La mesure du gouvernement a cristallisé et fédéré des situations différentes (retraités, ménages contraints par les distances et les fins de mois difficiles, artisans et petits patrons aux charges considérées comme trop lourdes dans des communes où les maires acceptent la création de centres commerciaux et de voir leurs centre-ville dépérir, où les services publics désertent pour cause de rentabilité, où les medecins vieillissants ne sont plus remplacés). En l'espace de 2 semaines on a vu les revendications initiales des gilets jaunes glisser vers des revendications plus sociales et plus de gauche: réévaluation du pouvoir d'achat, du SMIC et des retraites. Ce qui concerne les salariés qui ne peuvent qu'approuver . Mais cela ne pourra pas etre accepter par les artisans et petits patrons qui devront payer plus cher leurs salariés. Ni convenir aux salariés qui devront se voir augmenter les prélèvements pour financer cette augmentation des retraites par répartition. Tout cela à un moment risque d'imploser à cause des contradictions entre les uns et les autres. La révolte peut être une belle chose jusqu'a un certain point.
Et puis il y a des revendications de caractère institutionnel ( démission de Macron, suppression du sénat, non reconnaissance des députés, revendication d'une démocratie directe où les reseaux sociaux l'emportent sur la délégation, contestation du système electif y compris entre gilets jaunes accompagnée parfois de menaces). Ce n'est pas l'idee que je me fais de la démocratie.

Par contre je suis persuadé que la lutte au niveau européen contre l'évasion fiscale et les paradis fiscaux, la prise en compte des enjeux environnementaux dans les villes et par les agriculteurs, la desserte des villes moyennes par les transports collectifs doivent permettre de repenser completement l'aménagement du territoire et de redonner de l'appétit et de la confiance dans la democratie. Même s'il faut repenser ses formes et ses contenus.
Les affaires publiques, les enjeux de citoyenneté sont pris dans des systèmes de territoires qui soulèvent les questions de légitimité. Plutôt que de renforcer les concurrences entre catégories socio--professionnelles ou de territoires, il faut organiser la coopération entre tout cela en mettant la transition ecologique au coeur de la méthode. Elle génère des modèles economiques innovants et des nouveaux comportements favorables à la qualite de vie quel que soit son statut.. Elle prépare l'avenir mieux qu'une croissance aveugle qui divise, precarise et conduit tout le monde dans le mur.

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20 septembre 2018 4 20 /09 /septembre /2018 08:02

L'historien Yuval Noah Harari  fait partie des rares intellectuels à s'adonner sérieusement à l'exercice de la prospective. Son nouvel ouvrage, 21 leçons pour le XXIe siècle, a été publié en anglais le 30 août. Le magazine « The Atlantic » en publie  de larges extraits, dans lesquels l’auteur s’attache à démontrer comment « les révolutions technologiques en cours pourraient dans les décennies à venir confronter l’humanité à l’une des épreuves les plus dures qu’elle a eu à affronter ».

Il avait résumé l’histoire de l’humanité en quelques pages dans Sapiens, une brève histoire de l'humanité, en 2011. Puis s’était attaqué aux années à venir dans  Homo Deus : Une brève histoire de l’avenir (2017). Dans son nouvel ouvrage, 21 leçons pour le XXIe siècle, qui paraîtra  en français le 2 octobre, Yuval Noah Harari nous projette en 2050. De larges extraits en ont déjà été publiés : nous nous faisions d'ailleurs récemment l’écho de la vision de l’éducation du futur  portée par l’historien israélien.

Pour le magazine The Atlantic, l'auteur se penche cette fois sur les rapports complexes entre technologie et démocratie, à l’heure où les progrès de l’intelligence artificielle (IA) menacent selon lui ses fondements.

Demain, tous inutiles ?

Le constat est sombre comme une salle de serveurs : « La démocratie n’a rien d’inéluctable ». Par cette assertion, Yuval Harari prend, comme à son habitude, de la distance. Et nous rappelle que « les monarchies, oligarchies ou autre formes autoritaires de gouvernance ont été bien plus répandues dans l’histoire » que le système démocratique. Fidèle à sa théorie, développée dans Homo Deus, selon laquelle les démocraties libérales fondées sur les valeurs humanistes pourraient bien n’être que des parenthèses, l’historien alerte sur la fragilité des idéaux de liberté et d’égalité.

Et parmi les menaces qui pèsent sur la démocratie, l’auteur souligne que « la technologie qui a favorisé l’émergence de la démocratie est en train d’évoluer. Et avec le développement de l’intelligence artificielle, cela va continuer. »

« Les technologies de l’information progressent et les biotechnologies ouvrent une fenêtre sur nos vies intérieures. Ensemble, elles pourraient créer des bouleversements sans précédent dans les sociétés humaines, érodant la nature humaine et bouleversant potentiellement nos désirs », estime l’historien. Pour lui, ces évolutions ont également un impact sur le citoyen lambda. De travailleur essentiel au bon fonctionnement de la société et dont les mobilisations pouvaient renverser des gouvernements, « l’individu ordinaire se sent de plus en plus inutile ». « Au XXe siècle, les masses se révoltaient contre l’exploitation pour transformer leur rôle essentiel dans l’économie en pouvoir politique. Aujourd’hui, les masses craignent de devenir inutiles, et elles comptent bien utiliser ce qui leur reste de pouvoir politique avant qu’il ne soit trop tard », expose encore Harari, qui explique ainsi l’avènement de donald Trump ou le Brexit.

 

Le problème avec l’intelligence artificielle, c’est que selon l’historien, elle diffère des technologies qui l’ont précédée, en cela qu’elle va « concurrencer les humains au niveau cognitif ». Si des emplois vont être créés pour accompagner l’essor de l’intelligence artificielle, ils nécessiteront « de hauts niveaux d’expertise, et ne répondront donc pas au problème des chômeurs non qualifiés », souligne Harari.

 

S’appuyant sur plusieurs exemples concrets, comme les échecs, le transport, ou la santé, le prospectiviste en conclut que « la révolution de l’automatisation ne consistera pas en un évènement déterminant après lequel le marché de l’emploi se stabilisera à un nouvel équilibre ». Au contraire, les changements s’accumuleront, et les nouveaux métiers disparaîtront aussi vite qu’ils sont apparus.

Les individus devront donc se réinventer perpétuellement, ce qui rejoint l’une des autres obsessions de Yuval Harari : l’éducation. Et même si les gouvernements parviennent à mettre en place ce que l’auteur qualifie d’ « immenses systèmes de rééducation pour adultes », une « classe inutile pourrait émerger » d’ici 2050.

L'IA, meilleure amie des dictateurs ? 

Et c’est bien là que le bât risque de blesser, puisqu’en « perdant leur valeur économique, ces individus pourraient aussi perdre leur pouvoir politique ». La technologie pourrait alors être utilisée par des gouvernements afin de contrôler leurs populations agitées.

Pour Yuval Harari, les scénarios de science-fiction dans lesquels les intelligences artificielles développent une conscience d’elles-mêmes et finissent par détruire l’humanité ne sont pas à crazindre. « Nous devrions plutôt craindre l’IA parce qu’elle va toujours obéir à ses maîtres humains, et ne jamais se rebeller. L’IA est un outil et une arme qui va au-delà de tout ce que les êtres humains ont pu créer. Et sera sans doute utilisée par les puissants pour consolider leur pouvoir ».

Selon lui, les technologies de surveillance utilisées par Israël en Cisjordanie constituent le « prototype d’un régime qui utilise l’ensemble des technologies de surveillance à sa disposition » (total-surveillance regime). En partant de ces signaux faibles, Yuval Harari imagine la possibilité pour le régime nord-coréen d’équiper l’ensemble de sa population de bracelets biométriques monitorant tout ce que font et disent les individus.

Sans en arriver à ces extrêmes, l’auteur part des soupçons d’influence russe dans les élections américaines et s’inquiète de l’apparition potentielle de « hordes de bots qui sauront se jouer de nos émotions pour nous vendre quelque chose, que ce soit une voiture, un politicien, ou une idéologie toute entière. » Cette possibilité fait dire à Yuval Harari que « tandis que les livres de science-fiction élaborent des apocalypses par le feu et la fumée, nous pourront dans la réalité faire face à une banale apocalypse par le clic. »

 

Et les IA auraient de grandes chances de favoriser les dictatures, puisque quand il s’agit de traiter d’immenses quantités des données, les régimes dictatoriaux ont l’avantage sur les démocraties. « Nous avons tendance à considérer le conflit entre démocratie et dictature comme un conflit entre deux systèmes éthiques, mais il s’agit en fait d’un conflit entre deux systèmes de traitement de données », n’hésite pas à poser Harari. Selon lui, la centralisation du pouvoir serait encouragée par le développement de l’intelligence artificielle qui s’appuie sur le traitement d’un grand nombre de données. Un système politique ne faisant pas grand cas de la vie privée de ses citoyens pourraient obtenir un avantage essentiel sur les démocraties.

Pour illustrer son propos, Harari imagine un gouvernement qui ordonnerait à sa population de séquencer son ADN  afin de centraliser toutes les données médicales de ses habitants. Ce gouvernement « disposerait alors d’un avantage immense en termes de recherche médicale sur des sociétés dans lesquelles les données médicales sont strictement privées », selon l’auteur. Qui n’hésite pas à conclure que l’intelligence artificielle pourrait ainsi favoriser les dictatures : « Le handicap principal des régimes autoritaires au XXe siècle (le désir de concentrer toute l’information et le pouvoir en un endroit) pourrait devenir un avantage décisif au XXIe siècle ».

Pour que cette sombre prophétie en reste à l’état d’exercice de prospective, Yuval Harari envisage un certain nombre de solutions, parmi lesquelles « tout faire pour mieux connaître la façon dont fonctionne le cerveau humain », ce qui permettrait d’éviter sa manipulation par les intelligences artificielles. Il rejoint en cela un certain Elon Musk, qui avec sa société Neuralink a pour objectif d’augmenter nos cerveaux pour mieux nous préparer à l’avènement des IA.

 

L’historien évoque également une meilleure protection de nos données personnelles, mais estime que la course à l’accumulation des données par des entreprises privées est déjà bien trop engagée. « L’espèce humaine risque aujourd'hui de connaître le même sort que nos animaux domestiques », alerte encore l’historien, pour qui « si nous ne faisons pas attention, nous deviendrons des humains diminués utilisant des ordinateurs augmentés pour semer le chaos ».arer à l’avènement des IA.

Guillaume Ledit le 02/09/2018

 

https://usbeketrica.com/article/pour-yuval-harari-l-intelligence-artificielle-avantage-les-dictatures

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3 juillet 2018 2 03 /07 /juillet /2018 23:11

Bien que mal à l’aise avec l’approche spiritualiste de Dominique Bourg, il est devenu un des penseurs qui comptent  dans le rapport entre l’homme (la politique) et la nature. Et j’aime bien tout ce qui éveille l’intelligence et met les sens en alerte.

 

Pour le philosophe, la pensée moderne nous a conduits à dominer la nature et à exploiter ses ressources. Un autre rapport au monde s’impose : une nouvelle spiritualité respectueuse de la planète et qui ne coupe pas l’homme du reste du vivant.

Professeur de philosophie à l’université de Lausanne, Dominique Bourg appelle à cesser de voir la Terre comme une réserve de ressources destinées à satisfaire nos besoins. C’est le seul moyen de répondre aux défis de l’anthropocène, nouvelle période géologique où les activités humaines ont un impact fort sur les écosystèmes.

 

Comment analysez-vous la crise écologique que nous traversons ?

Elle marque notre entrée dans l’anthropocène, et donc l’accomplissement de la promesse moderne : «nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature» pour citer Descartes. Avec l’explosion de la démographie, des flux de matière et d’énergie, les conditions de vie sur Terre vont devenir plus difficiles : on pourrait atteindre des maxima de température à 55 ° C dans l’est de la France, et des espaces comme la péninsule arabique ou l’arc indo-pakistanais - 1,5 milliard d’habitants au total - pourraient devenir inhabitables plusieurs mois de l’année. Les cyclones sont plus violents et plus lents, donc leur temps de dévastation s’allonge. Sans oublier la question alimentaire. C’est finalement la sortie de la modernité et de son rêve assez génial : en dominant la nature par la technique, on ne serait plus obligé de passer par l’esclavage, on pourrait éradiquer la pauvreté.

Le libéralisme débouche sur l’inverse. Il faut donc rompre avec la philosophie moderne ?

Il faut garder une partie de cet héritage, comme le combat pour les droits de l’homme. Sauf qu’on les a organisés autour de la liberté de produire et de commercer. Dans l’article 3 de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, il est précisé que toute mesure de protection du climat allant à l’encontre du commerce doit être écartée. On a interprété les droits de l’homme dans le sens d’un individualisme exacerbé, qui va nous tuer. Il s’agit de les réinterpréter, selon le principe de la dignité humaine : le droit au travail, la liberté de penser… Mais rouler en 4×4 à Paris : où est la dignité ?

Comment changer de façon de penser ?

S’appuyant sur la Bible et sur la science galiléenne, les philosophes modernes croyaient à un double dualisme, opposant l’homme à la nature et l’esprit à la matière. Dans la Genèse, où Dieu dit aux hommes : «Vous êtes à mon image, remplissez la terre et soumettez-la», on trouve ainsi l’idée que les hommes sont étrangers à la nature. Aujourd’hui, dans le prolongement des travaux de Darwin, ce dualisme est battu en brèche : langage, outils, pensée, ne sont pas l’apanage des hommes. On revient à une idée grecque : tout le vivant a une forme de pensée. L’homme fait vraiment partie du vivant, il en est une émanation, un moment, il en est solidaire. Ce paradigme est une façon de repenser nos relations avec le reste du vivant.

Vous considérez qu’il faut retrouver une spiritualité. De quoi s’agit-il ?

La spiritualité a deux fonctions : elle forge notre regard sur le monde et elle détermine un but ultime pour les individus. Les Amérindiens considèrent la Terre comme la «Pachamama», la «Terre-Mère». Cette vision du monde les pousse à vivre en harmonie avec la nature : pour eux, les deux dimensions de la spiritualité se superposent. De notre côté, nous voyons le monde comme un espace à conquérir, et nous y puisons nos ressources de façon déraisonnable. Au lieu de nous ouvrir à ce qui nous dépasse, notre spiritualité s’est refermée sur un espace marchand et technique, lié à la satisfaction de nos besoins, et jusqu’à l’autisme. Aller coloniser Mars est stupide : pourquoi s’autoriser à détruire une planète pour partir sur une planète déjà détruite ?

Sommes-nous prêts à accepter une nouvelle spiritualité, et à agir en conséquence ?

Beaucoup comprennent que le système est absurde. Mais s’il y a des sacrifices, ils veulent que nous les fassions tous. Sans resserrement des inégalités, vous ne changerez jamais ce système, et nous crèverons tous ! Il faut fixer clairement les premières étapes à franchir, et soutenir les expérimentations : écovillages, agroécologie, monnaies locales, etc.

Est-ce suffisant ?

Je plaide pour un réformisme radical, c’est-à-dire un changement total, touchant à tous les domaines, mais réalisé dans des formes politiques et juridiques cadrées par la loi. On ne peut pas toucher à tout en même temps : le fil juridique est indispensable. L’actuelle réforme de la Constitution, en affirmant la garantie de la protection du climat et de la biodiversité dans l’article 1, ferait un premier pas en direction de la refonte d’un système juridique qui aura protégé et encouragé la destruction de la nature depuis le XIXe siècle. S’orienter vers l’économie circulaire (utiliser moins de ressources et d’énergie, utiliser des matériaux recyclés ou biosourcés) est vraiment quelque chose que l’on peut faire sans désorganiser nos économies. Ensuite, il faudra aller vite : en 2050, l’état du climat sera la conséquence des émissions de gaz à effet de serre cumulées jusqu’à aujourd’hui. Nos actions vont porter sur la seconde moitié du siècle. Nous avons alors le choix entre l’enfer et le purgatoire.

Pourra-t-on éviter un discours trop alarmiste ou culpabilisant ?

La situation est alarmante. L’avenir pourrait cependant offrir une vie plus juste, plus belle et plus sensée. Moins d’objets peut signifier des objets plus beaux. Des objets mutualisés : habitat participatif, coopératives, partage de locaux ou de matériel sont déjà des réalités. On est à un point de bascule, et beaucoup d’indices le montrent. Mais il faut que la contrainte soit acceptée démocratiquement, et donc que l’écologie devienne sociale et défende le resserrement des inégalités. Si vous n’acceptez pas ça, tout est impossible.

Libération, le 1er juillet 2018 Thibaut Sardier

http://www.liberation.fr/debats/2018/07/01/dominique-bourg-sans-resserrement-des-inegalites-nous-creverons-tous_1663273

DOMINIQUE BOURG UNE NOUVELLE TERRE Editions Desclée De Brouwer, 240 pp., 16,90 €

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